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L’université Erasme de Rotterdam vient d’annuler l’intervention d’Eva Illouz, sociologue mondialement reconnue, qui devait donner le 21 novembre une conférence intitulée « Amour romantique et capitalisme ». Motif avancé : l’embarras que cause son affiliation avec une université israélienne. Voilà donc le nouveau critère de pureté morale qu’impose une institution universitaire respectable : il ne suffit plus d’être une intellectuelle brillante, féministe, critique du pouvoir, engagée pour la paix. Il faut désormais prouver son innocence nationale.
Ce geste est grave, non seulement comme offense vis-à-vis d’Eva Illouz, mais pour l’université elle-même. Cette décision ne provient pas d’un malentendu : c’est un acte politique, qui témoigne d’une sévère lâcheté institutionnelle. L’université a cédé à la pression d’un climat général où la peur de déplaire vaut plus que la liberté de penser.
On dira pour la défendre qu’elle est irréprochable, s’est souvent montrée critique du gouvernement Nétanyahou, prône le dialogue israélo-palestinien et n’hésite pas à dénoncer la violence et l’occupation ; raisons pour lesquelles le prix Israël lui a été refusé. Si ces arguments sont répétés à l’envi, on peut néanmoins s’inquiéter qu’il faille présenter un tel certificat de vert pour avoir le droit de s’exprimer. Depuis quand faut-il justifier de ses convictions pour être admis à une tribune universitaire ? Et qui décidera de ce qui est moralement acceptable ? Aujourd’hui, c’est la position qu’on adopte envers Israël ; et demain ?
Ce qui est en jeu dépasse le cas d’Eva Illouz : c’est l’idée même de l’université comme espace de pensée libre, dégagée des appartenances politiques ou nationales. Manifestement, ce n’est plus la pensée qui gouverne nos institutions de recherche, mais la peur. Et cette peur est contagieuse, d’où le silence. Car le plus inquiétant, peut-être, n’est pas la décision de l’université, mais le consentement tacite de ceux qui iront malgré tout, sans honte, parler à Rotterdam.
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27 commentaires
Des universitaires qui refusent de dialoguer avec des chercheurs en fonction de leur nationalité, c’est une triste tendance. L’Université a-t-elle oublié sa mission d’échanges libres et d’ouverture d’esprit ?
Cette décision révèle un manque de courage intellectuel alarmant.
L opened-mind est-elle devenue une notion obsolète ?
Cette décision reflète-t-elle un problème plus large de liberté d’expression dans le monde académique actuel ?
Malheureusement, c’est une tendance qui se généralise.
L’université n’est-elle plus le phare de la liberté intellectuelle ?
Les universités doivent-elles devenir des modèles de neutralité politique ou au contraire défendre ouvertement certaines causes ?
La neutralité politique permet-elle encore de défendre la liberté académique ?
Ne risquent-elles pas de perdre leur crédibilité en prenant parti ?
LCancel culture gagne-t-elle encore du terrain dans le monde universitaire ? Cette décision semble aller dans ce sens.
À ce rythme, toute expression divergente sera étouffée.
L’université doit-elle devenir un espace de pensée unique ?
Accepter des points de vue divers, y compris ceux qui dérangent, ne devrait-il pas être la norme dans le milieu académique ?
Le rôle de l’université est précisément de brasser les opinions.
C’est le seul moyen de nourrir le débat et le progrès des idées.
La peur des controverses pousse-t-elle les universités à devenir des espaces toujours plus conformistes ? Ce cas en est un exemple frappant.
Où est passée l’audace intellectuelle ?
Le conformisme est l’ennemi de la pensée critique, justement ce que l’université devrait promouvoir.
C’est regrettable de voir une institution céder à des pressions politiques plutôt que de défendre la liberté académique. J’espère qu’Eva Illouz trouvera un autre cadre pour partager ses idées.
La liberté de parole ne devrait pas être une option, mais une obligation.
Le milieu académique devrait justement être un rempart contre ces pressions.
Pourquoi changer les critères d’invitation ? Quelle ironie de rejeter une penseuse engagée au nom de la justice sociale.
On dirait que la justice sociale s’arrête aux portes de l’université.
La cohérence semble faire défaut ici. Quelle contradiction !
Si une institution refuse d’inviter une conférencière comme Eva Illouz, quel message envoie-t-elle aux autres intellectuels étrangers ?
Un message désolant pour la liberté académique.
Elle leur dit clairement qu’ils ne sont pas les bienvenus.