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Dans les années 1960, Valéry Giscard d’Estaing, alors ministre des finances, dénonçait le « privilège exorbitant » des Etats-Unis. Bénéficiant de leur position comme première économie mondiale, attirant les capitaux étrangers avec la seule force du dollar, le pays réussissait à se financer à moindre coût, avec un taux d’intérêt faible.
Un demi-siècle plus tard, ce « privilège » s’est étendu à la zone euro et au Japon, estime le rapport du Laboratoire sur les inégalités mondiales (World Inequality Lab, WIL), qui doit être publié mercredi 10 décembre et auquel Le Monde a eu accès. Par rapport au reste du monde, ces deux régions peuvent se financer sans réelles difficultés, malgré des comptes publics sévèrement dégradés. Mieux encore, le Nord global attire les capitaux du reste du monde, qui viennent y chercher à la fois moins de risques et de meilleurs rendements.
L’un dans l’autre, en comptant l’ensemble des flux financiers, 1 % du produit intérieur brut mondial part ainsi chaque année des pays pauvres pour aller vers les 20 % des pays les plus riches de la planète. « C’est approximativement trois fois plus que l’aide au développement qui va dans la direction opposée », s’insurgent Jayati Ghosh et Joseph Stiglitz dans la préface du rapport. C’est autant d’argent en moins pour le Sud global pour financer la santé, l’éducation ou encore les infrastructures, ce qui maintient les inégalités. Et ce flux de capitaux vers le Nord a plutôt eu tendance à s’accentuer ces dernières décennies.
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17 commentaires
Un rapport qui met en lumière une réalité souvent ignorée : le Sud global paye le prix fort pour la stabilité du Nord.
Les capitaux fuient vers les pays sûrs, mais à long terme, cela pourrait se retourner contre eux.
Intéressant de voir comment les déséquilibres financiers globaux persistent malgré les bons discours sur la coopération économique.
C’est vrai, les chiffres montrent que le système penche clairement en faveur des nations déjà riches.
Est-ce que cela peut changer un jour, ou est-ce structurel à notre système économique ?
Les chiffres cités confirment ce que beaucoup soupçonnaient : les inégalités se creusent aussi en matière de flux financiers.
Et pourtant, on continue de parler de croissance partagée sans agir concrètement sur ces déséquilibres.
Le rapport montre clairement que les règles du jeu économique favorisent toujours les mêmes acteurs.
Une réforme systémique serait nécessaire, mais qui a intérêt à la mettre en place ?
Ce privilège économique semble inaltérable malgré les crises, compromettant les efforts pour une rééquilibration mondiale.
Les institutions internationales sont-elles réellement neutres face à ces dynamiques ?
Un historique de domination économique qui perdure, malgré les promesses d’un monde plus égalitaire.
Les inégalités statistiques sont éloquentes, mais peu de choses changent sur le terrain.
Le Nord global attire les capitaux comme un aimant, mais à quel point cela affecte-t-il les économies émergentes ?
Les pays pauvres perdent des ressources essentielles qui pourraient servir à leur développement.
Le Nord global maintient son avantage grâce à des mécanismes financiers historiques, mais à quel prix pour les autres pays ?
Les flux financiers inégaux creusent les écarts et perpétuent une dépendance nocive.