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Les Polonais deviendraient-ils finlandais ? Comme on le fait à Helsinki depuis longtemps, ils se sont mis eux aussi à préparer un sac, qu’ils garnissent suivant les instructions reçues du gouvernement : eau, transistor, torche, piles, argent liquide au cas où le paiement électronique ne soit plus possible… C’est nouveau, et c’est un signe. Jusqu’ici cantonnée à l’Ukraine, attaquée en 2014 puis envahie en 2022, la guerre russe est sortie de ses gonds.
« Ne nous berçons pas d’illusions : c’est la guerre », assenait d’un ton grave, fin septembre, le premier ministre polonais, Donald Tusk, devant un auditoire d’experts et de hauts responsables européens au Warsaw Security Forum. « Et que nous le voulions ou pas, c’est notre guerre. » « Notre » : à nous, l’Europe. Ce n’est plus seulement une affaire de Polonais ou de Baltes traumatisés. Ces drones qui sèment le trouble autour de points stratégiques de l’espace aérien européen se promènent maintenant en Belgique et à Francfort, en Allemagne.
La perception de la menace est inévitablement plus aiguë à Tallinn ou Varsovie qu’à Séville ou Palerme, mais dans l’ensemble des capitales et des états-majors européens, le climat a changé. Un affrontement de la Russie avec un pays de l’OTAN est aujourd’hui plus qu’une hypothèse. Il est plausible.
Subrepticement, l’agression russe avec laquelle nous vivons depuis bientôt quatre ans a changé d’échelle. Ce n’est plus seulement l’Ukraine qui est attaquée ; le conflit se déplace en Europe. La guerre hybride (attaques cyber, incursions, drones, sabotages, désinformation) s’est intensifiée spectaculairement. La vision impériale de Vladimir Poutine ne fait plus de doute.
On entre alors dans une autre dimension : l’Ukraine était notre rempart, elle devient un marchepied pour lui. Même s’ils ne sont pas tous aussi sombres que Donald Tusk, les dirigeants européens en ont pris conscience. Services de renseignement et hauts responsables militaires multiplient les avertissements, tout en évitant d’être alarmistes : ce n’est pas pour demain, c’est plutôt à l’horizon 2030. Mais en matière de planification 2030, c’est déjà demain.
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9 commentaires
La situation en Europe est de plus en plus inquiétante. Est-ce que l’OTAN va finir par réagir de manière plus ferme ?
Les alliances ont leurs limites, surtout avec des acteurs comme Poutine.
L’OTAN ne peut pas ignorer cette escalade indéfiniment.
Les préparatifs des Polonais montrent à quel point la menace s’étend. Les pays européens doivent se solidariser davantage.
Le problème, c’est que tout le monde ne voit pas la menace de la même manière.
Cette escalade montre une fois de plus l’importance de diversifier nos sources d’énergie et de matières premières. Est-ce que l’Europe est prête ?
Les infrastructures pour y parvenir ne sont pas encore en place partout.
Si la guerre s’étend, quelles seront les conséquences pour les marchés des matières premières ? Le cuivre et le lithium pourraient-ils subir des perturbations ?
Les tensions géopolitiques ont toujours un impact sur les marchés des métaux critiques.