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L’intelligence artificielle (IA) est largement reconnue comme la technologie centrale d’une révolution industrielle émergente qui transformera probablement tous les aspects de l’économie mondiale. La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement estime, de manière prudente, que le marché mondial de l’IA atteindra 5 000 milliards de dollars (4 245 milliards d’euros) d’ici à 2033, grâce à une croissance annuelle moyenne de 31 % environ. Le FMI prévoit que cette technologie pourrait stimuler le PIB mondial de 4 % au cours de la prochaine décennie, les Etats-Unis gagnant jusqu’à 5,4 %. L’impact de l’IA sur la science, sur l’innovation, sur l’armée et sur la géopolitique est déjà significatif, renforçant le sentiment que la course à la domination de l’IA est également une course à la domination mondiale.
Dans ce contexte, le lancement par la start-up chinoise DeepSeek d’un chatbot très compétitif a fait sensation au début de l’année 2025. Surnommé le « moment DeepSeek », cet événement a immédiatement suscité des analogies avec le lancement dans l’espace du satellite Spoutnik par l’Union soviétique, en 1957. Mais de tels spectacles signifient-ils vraiment que la Chine est en train de rattraper son retard sur l’Occident ?
Il est important de garder à l’esprit qu’aucune révolution industrielle n’a jamais vu le jour en dehors d’économies avancées fonctionnant sous des systèmes capitalistes démocratiques. Cela n’est pas un hasard. Comme les précédentes, la révolution industrielle axée sur l’IA nécessite des institutions solides pour garantir la sécurité des droits de propriété, l’applicabilité des contrats, la capacité d’attirer et de valoriser les talents, l’allocation efficace des ressources et, surtout, une demande soutenue. Ce dernier élément est souvent négligé dans les analyses des progrès de la Chine en matière d’IA.
La République populaire a été fondée sur le principe selon lequel le Parti communiste chinois (PCC) « dirige tout ». Cela reste vrai aujourd’hui : le PCC contrôle les tribunaux, les marchés, les banques, les universités et les médias ; il dirige même les entreprises privées. Sous un régime aussi puissant, il peut mobiliser des ressources considérables et produire des étoiles brillantes comme DeepSeek. Mais une révolution industrielle ne repose pas que sur des avancées isolées ; elle nécessite une série d’innovations disruptives dans les domaines de la technologie, des modèles économiques et des institutions, qui se renforcent mutuellement.
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8 commentaires
Une révolution industrielle axée sur l’IA ne pourra se faire sans une production massive de métaux rares. Les investisseurs devraient surveiller ce secteur de près.
Intéressant de voir comment l’IA pourrait redéfinir les équilibres économiques mondiaux. Les métaux critiques comme le lithium ou le cobalt seront-ils assez rares pour limiter cette croissance?
C’est une question cruciale pour les industries extractives. La Chine contrôle déjà une grande partie des réserves, ce qui pourrait renforcer son avantage.
On oublie souvent l’impact géopolitique. Les tensions autour des approvisionnements en terres rares pourraient s’intensifier.
4% de croissance mondiale grâce à l’IA d’ici 10 ans ? Les prévisions doivent être prises avec prudence, surtout dans un contexte de tensions commerciales.
Le FMI est généralement optimiste. Une récession ou un durcissement des sanctions pourrait tout changer.
Le « moment DeepSeek » rappelle effectivement le lancement de Spoutnik. Reste à voir si l’IA chinoise peut concrétiser cette avance technologique à long terme.
La Chine a des atouts, mais la dépendance aux puces étrangères pourrait freiner son ambition IA.