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Chaque soir, dans des milliers de foyers français, la même scène se répète : une guerre d’usure pour limiter l’usage du téléphone, épuisante pour les familles. Elle est la conséquence directe de produits numériques conçus par des ingénieurs parmi les plus brillants au monde pour maximiser le temps d’attention, y compris, et peut-être surtout, celui des cerveaux en développement.

Face à cette réalité, l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans peut sembler une réponse évidente. Protectrice. Responsable. Elle ne l’est qu’en apparence. Car derrière cette mesure se cache un dangereux transfert de charge : on confie aux familles la mission de compenser, au quotidien et dans l’intimité de leur foyer, ce que des plateformes valorisées à des milliers de milliards de dollars ont délibérément optimisé pour être irrésistibles. On demande aux parents de faire le « sale boulot » que l’Etat refuse d’imposer aux géants du numérique.

Dans tous les secteurs qui touchent à la santé publique – pharmacie, agroalimentaire, automobile, jouets pour enfants –, le principe est clair : c’est au fabricant de démontrer l’innocuité de son produit avant sa mise sur le marché. Avant d’autoriser un médicament, on exige des essais cliniques rigoureux. Avant de commercialiser un additif alimentaire, des tests toxicologiques indépendants. Avant de vendre une voiture, des crash-tests normés. Et, lorsque le produit est destiné aux enfants, les exigences se durcissent encore davantage.

Contraignant, parfois frustrant

Prenons un exemple trivial : un jouet. Avant d’arriver dans les mains d’un enfant, il doit être testé pour éviter des risques évidents : qu’il ne s’enflamme pas, qu’il ne se brise pas en pièces coupantes, qu’il ne présente pas de petites parties ingérables, qu’il ne contienne pas de substances dangereuses. On n’imagine pas les parents, la veille de Noël, faire tomber le jouet du haut d’une étagère, le tordre, le gratter, et le passer au microscope pour vérifier chez eux qu’il est inoffensif.

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