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Isabelle Huppert se souvient avec précision de ce jour, au début des années 1990, où le metteur en scène Bob Wilson l’a emmenée, en compagnie de la danseuse et chorégraphe Lucinda Childs, à Water Mill, hameau de la région des Hamptons, tout au bout de Long Island.
Quelques années plus tôt, il avait acheté un bâtiment à l’abandon, autrefois propriété de la société financière Western Union, et les terrains alentour, afin d’y installer un centre d’art. « Il n’y avait pour ainsi dire rien. Tout était à construire, à inventer », explique par téléphone la comédienne, qui a joué trois fois sous sa direction, dans Orlando, Quartett et dans Mary Said What She Said, créé à Paris en 2019 et toujours en tournée mondiale.
Le 7 novembre, elle lui rendra hommage sur la scène du Théâtre de la Ville, à Paris, participant à une cérémonie dédiée à son ami, mort le 31 juillet d’un cancer, à l’âge de 83 ans. Le 4 octobre, un événement similaire s’est déroulé à New York, et deux autres auront lieu prochainement à Berlin et à Milan.
Vieux sage à l’œil rieur
Des commémorations que Robert Wilson (que tout le monde appelait par le diminutif « Bob ») avait soigneusement prévues, se sachant mourant depuis des mois et ne dévoilant sa maladie à personne sinon une poignée de très proches. Quand les médecins lui avaient proposé un traitement qui menaçait de l’épuiser, il avait décliné afin de réserver ses dernières forces à ses spectacles en cours.
Alors, le 25 juin, quand nous l’avions rencontré, il faisait comme si de rien n’était. Il avait donné rendez-vous à Ljubljana, capitale de la Slovénie, où il préparait la mise en scène de l’opéra wagnérien Tristan et Isolde. Le seul créneau possible dans son agenda. Celui qui ne passait « pas plus de deux ou trois semaines chez lui, à New York », allant d’un théâtre à l’autre, revenait de Lituanie et s’apprêtait à partir en Chine.
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7 commentaires
Intéressant de voir comment Wilson a mêlé l’art et l’histoire en réhabilitant ce lieu. Espérons que son héritage perdure.
C’est certain, son impact sur le monde du théâtre est indéniable.
La transformation d’un bâtiment abandonné par Bob Wilson en un centre d’art est un projet ambitieux qui mérite d’être souligné. Quelle vision !
Absolument, son approche artistique a toujours été avant-gardiste.
La nouvelle approche de Wilson semble avoir inspiré des générations d’artistes. Quel dommage qu’il nous quitte si tôt.
La scène culturelle perdue un géant ce jour-là.
Wilson a considéré comment sa mort serait commémorée bien avant le drame, une approche peu commune. Pourquoi ce choix ?