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En faisant bombarder plusieurs sites stratégiques de Caracas puis enlever le président de la République bolivarienne du Venezuela, Nicolas Maduro, ainsi que son épouse [Cilia Flores], dans la nuit du 2 au 3 janvier, Donald Trump renoue avec un impérialisme états-unien brutal envers l’Amérique latine, une posture que l’on croyait révolue depuis la fin de la guerre froide.
Exécutée par la Delta Force [les forces spéciales américaines], qui avait été à la manœuvre pour éliminer Saddam Hussein en Irak (2003) mais aussi pour enlever le général Manuel Noriega au Panama (1989) ou traquer Pablo Escobar en Colombie (1993), l’opération « Absolute Resolve » (« détermination absolue ») fait en effet resurgir la mémoire de divers épisodes tragiques sur le continent. On se souviendra du renversement par la CIA du président guatémaltèque Jacobo Arbenz (1954), de l’occupation de la République dominicaine (1965) et de l’intervention des marines sur l’île de la Grenade (1983).
Autant d’interventions menées au nom de la lutte contre le communisme, au mépris des normes les plus élémentaires du droit international tel qu’il avait été redéfini au lendemain de la seconde guerre mondiale [1939-1945], et que la communauté internationale avait acceptées plus ou moins docilement – ainsi la France et le Royaume-Uni, sommés de cautionner la liquidation de la démocratie guatémaltèque en 1954 sous peine d’être lâchés, la première en Indochine et le second en Egypte – étant donné l’hégémonie géopolitique et économique dont jouissaient les Etats-Unis durant ces années-là.
Nouvelle conjoncture politique
Au début des années 1990, l’Amérique latine et les Caraïbes sont toutefois passées au second plan de l’agenda international de Washington. A partir de la première guerre du Golfe (1990-1991) et, surtout, du 11 septembre 2001, le Moyen-Orient est devenu l’obsession première du département d’Etat américain. Au début des années 2010, avec [le président de l’époque] Barack Obama, l’Asie s’est également imposée comme une priorité, au point que de nouveaux acteurs – la Chine en premier lieu, mais aussi la Russie – ont pu profiter des terrains laissés vacants pour s’emparer d’amples marchés et parfois même s’imposer comme des partenaires privilégiés. Trente ans après la fin de la guerre froide, de nombreux spécialistes s’accordaient à dire que les Etats-Unis avaient perdu l’Amérique latine.
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9 commentaires
Une intervention militaire aussi directe pourrait avoir des conséquences désastreuses pour la stabilité régionale. Les pays voisins ne risquent-ils pas de s’impliquer ?
Intéressant de voir comment l’impérialisme américain se manifeste encore aujourd’hui. Est-ce une stratégie pour contrôler les ressources stratégiques de la région ?
Une opération militaire aussi brutale rappelle lamentablement les interventions passées des États-Unis en Amérique latine. En quoi cela profite-t-il aux populations locales ?
Difficile de croire que cette action soit motivée par autre chose que des intérêts géopolitiques.
Dommage que les États-Unis ne privilégient pas encore une fois la diplomatie. Cette opération risque de compliquer les relations avec le Venezuela.
Pourtant, la guerre froide est finie depuis des décennies. Pourquoi revenir à de telles méthodes ?
La lutte contre l’influence russe et chinoise justifie-t-elle de telles excès ?
On dirait que l’histoire se répète. Est-ce vraiment la meilleure façon de renforcer la sécurité américaine ?
L’histoire montre pourtant que ces interventions finissent souvent par empirer la situation.