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A la demande de la justice, le géant français des hydrocarbures TotalEnergies a annoncé, mardi 25 novembre, sa décision de « démobiliser son terminal méthanier flottant du Havre », en Seine-Maritime, installé après la crise énergétique de 2022 pour fournir la France et l’Europe en gaz, mais que le groupe ne juge « plus aujourd’hui nécessaire ».
« Les conditions d’approvisionnement en gaz de la France et de l’Europe s’étant désormais stabilisées, la Compagnie constate que le terminal méthanier flottant du Havre n’est plus aujourd’hui nécessaire, comme en témoigne son absence d’utilisation et comme l’a constaté le tribunal administratif de Rouen dans sa décision du 16 octobre 2025 », a déclaré le groupe dans un communiqué.
Le Cape Ann, un navire doté d’équipements de regazéification, avait été ancré en octobre 2023 dans le port du Havre, afin de sécuriser l’approvisionnement du pays en gaz naturel liquéfié (GNL) – du gaz sous forme liquide livré par navires des zones de production. Son installation avait été décidée en 2022 et autorisée par arrêté en avril 2023, dans le contexte de la guerre en Ukraine et des craintes de pénuries d’énergie en Europe, liées à la quasi-interruption des livraisons de gaz russe dans les gazoducs terrestres.
TotalEnergies souligne avoir « mis à disposition de la France, à ses frais et sans aucune subvention publique », ce terminal qui a agi comme un « filet de sécurité », en cas de pics de demande ou de tensions d’approvisionnement, souligne le groupe dans son communiqué. « TotalEnergies a ainsi pleinement contribué à la souveraineté énergétique du pays dans un contexte très tendu et incertain », fait-il valoir.
Multiples recours en justice
Mais le projet avait fait l’objet de multiples recours en justice portés par des associations de défense de l’environnement au nom de la lutte contre le réchauffement climatique. Elles avaient finalement obtenu gain de cause dans une décision du tribunal administratif de Rouen qui enjoignait au gouvernement d’abroger l’arrêté autorisant l’installation du terminal « dans un délai de deux mois ».
La menace d’une pénurie d’énergie est aujourd’hui écartée et ne justifie plus la présence et l’exploitation du terminal, plaidait notamment l’association Ecologie pour le Havre, à l’origine du recours. Le navire était d’ailleurs « inactif depuis août 2024 », sans aucune livraison de gaz, avait souligné Pierre Dieulafait, le président de l’association.
A la suite de la décision du tribunal, « l’Etat prendra prochainement un arrêté mettant fin au maintien en exploitation du terminal méthanier flottant », a annoncé le ministère de l’énergie, rattaché à Bercy. « Dans les semaines à venir, l’Etat accompagnera le départ du terminal méthanier dans les meilleures conditions et en concertation avec les différents acteurs concernés », selon la même source.
Dans son dernier rapport annuel, l’Agence internationale énergie prédit une surabondance de GNL sur les marchés mondiaux dans les prochaines années, alimentée notamment par de nombreux projets aux Etats-Unis.









10 commentaires
TotalEnergies économisera-t-elle sur des coûts opérationnels inutiles? Ou cette décision cache-t-elle d’autres motifs stratégiques?
Tout est possible. Les entreprises pétrolières ont souvent des motivations multiples, alliant rentabilité et compliance légale.
Avec la fin de la guerre en Ukraine, les inquiétudes sur l’approvisionnement en gaz diminuent. Cette décision reflète-t-elle une amélioration réelle ou simplement une réponse à une injonction légale?
Les deux probablement. La stabilité des marchés et le cadre légal influencent ces décisions, surtout pour une entreprise comme TotalEnergies.
TotalEnergies retire déjà son terminal flottant du Havre. Une décision intéressante, surtout après la stabilisation des approvisionnements en gaz. Je me demande quels seront les impacts environnementaux de cette démobilisation.
Les impacts environnementaux sont effectivement une question clé. TotalEnergies devrait publier une analyse détaillée de ce retrait, comme il l’a fait pour l’installation.
Encore une décision prise sous la pression de la justice. Dommage que les énergies fossiles restent si centrales dans nos choix. Et après, on s’étonne des émissions de CO2!
La transition énergétique est longue, mais elle devrait accélérer. Peut-être que ce retrait est une étape vers des solutions plus durables.
Le terminal flottant du Havre était une solution d’urgence. Sa fermeture montre que l’Europe a réussi à se diversifier, même si le chemin reste long.
Exactement, et cela prouve que les infrastructures temporaires peuvent être efficaces en cas de crise.