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Nous sommes en 1348. « Cette année-là, le peuple de France et le monde quasi dans son ensemble furent frappés (…) non par la guerre, mais par la pestilence, raconte l’auteur de la Chronique dite de Jean de Venette, alors prieur ou simple carme dans un couvent parisien. Il y eut une telle mortalité d’hommes et de femmes, plutôt les jeunes que les vieux, que l’on pouvait à peine les ensevelir. (…) Ils avaient tout d’un coup des grosseurs sous les aisselles et dans l’aine – ou les deux – et l’apparition de ces grosseurs était un infaillible signe de mort. »

Ce fléau qui foudroie les foules, c’est la peste noire. A ce jour, la « plus grande catastrophe démographique de l’histoire de l’humanité », selon le médiéviste Patrick Boucheron, professeur au Collège de France, qui publiera, le 30 janvier, un ouvrage sur le sujet, Peste noire (Seuil, 576 pages, 27 euros, numérique 18,99 euros). Durant les huit années où elle a sévi, entre 1346 et 1353, cette pandémie aurait décimé « jusqu’à 60 % de la population d’Eurasie occidentale », affirment les auteurs d’une étude parue dans la revue Nature, en 2022. Avec toutefois, selon les régions, de grandes disparités quant au nombre de morts, concluait une équipe internationale en 2022.

La bactérie coupable, Yersinia pestis, ne sera identifiée que cinq siècles et demi plus tard, en 1894, par le pasteurien Alexandre Yersin, qui l’isolera à Hongkong et lui donnera son nom.

Mais comment cette grande tueuse, au milieu du XIVe siècle, a-t-elle fondu sur l’Europe ? « Ledit fléau, à ce que l’on dit, commença chez les mécréants, puis vint en Italie ; traversant les monts, il atteignit Avignon… », consigne « Jean de Venette », pointant l’Orient.

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