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Histoire d’une notion. En 1956, le chanteur Elvis Presley fait ses débuts sur grand écran et sort ses deux premiers albums : c’est le début d’un véritable culte. La même année, les sociologues américains Donald Horton et Richard Wohl s’intéressent à l’effervescence autour du star-système, et se rendent compte que de nombreuses personnes éprouvent vis-à-vis de leurs idoles un véritable sentiment de proximité, voire d’intimité. Ils qualifient ces relations asymétriques, qui peuvent aussi bien concerner des personnes réelles que fictives, de « parasociales ». Aujourd’hui remis au goût du jour par le numérique, et surtout par l’intelligence artificielle (IA), « parasocial » a été désigné par le dictionnaire Cambridge comme le « mot de l’année 2025 ».
Dans la présentation du terme par l’université britannique, la professeure de psychologie Simone Schnall considère l’essor de ces relations comme une conséquence du « déclin de la confiance que nous avons dans les médias traditionnels » et y voit un catalyseur de comportements obsessionnels, voire d’un sentiment potentiellement néfaste de « loyauté extrême » à l’égard des personnalités admirées.
Pourtant, le psychologue clinicien et auteur d’une thèse sur le sujet, Pierre de Bérail, estime que « nous avons tort de réserver le terme “parasocial” aux formes les plus extrêmes du phénomène : nous entretenons tous des relations de ce type ». A chaque fois que nous allumons notre télévision ou que nous consultons un réseau social, nous avons des interactions parasociales avec les figures médiatisées auxquelles nous sommes confrontés.
Cette somme d’interactions se mue parfois en relations dans lesquelles certains, et notamment « les individus souffrant d’anxiété sociale ou traversant des périodes de transition », sont plus susceptibles de s’impliquer très intensément, poursuit Pierre de Bérail. Si le champ du parasocial est aujourd’hui redéfini dans ses modalités, il n’a pas fondamentalement changé de nature et concerne souvent, de la beatlemania à l’utilisation de l’IA comme confident, un public adolescent. Le parasocial rassure, la non-réciprocité protège : dans un « para-amour » ou une « para-amitié » avec l’actrice Marilyn Monroe ou un avatar Replika, un chatbot qui repose sur l’IA, on ne risque ni de déplaire ni d’être délaissé.
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20 commentaires
Un sujet fascinant, mais qui soulève des questions sur l’impact psychologique de ces relations à sens unique.
Tout à fait, surtout avec l’essor de l’IA.
Une chose est sûre, ce phénomène ne va pas disparaître avec le temps.
Probablement pas, surtout avec l’IA qui vient compliquer les choses.
Une étape de plus vers une société où les connexions humaines sont de plus en plus virtuelles.
Oui, et ça peut être inquiétant.
Le « parasocial » est un terme qui manquait cruellement pour décrire ce phénomène.
En effet, c’est assez précis.
Ce concept explique bien pourquoi certaines personnes défendent si ardemment leurs idoles, même face à des preuves accablantes.
Exactement, c’est comme une relation toxique sans réciprocité.
Un mot de l’année un peu théorique, non ?
Finalement, ce n’est pas étonnant que ce mot soit élu, vu l’influence des stars dans notre quotidien.
C’est vrai, mais il faut aussi analyser les conséquences.
Je me demande si cette proximité artificielle ne nourrit pas aussi des attentes irrationnelles chez les fans.
C’est sûr, et c’est là que le bât blesse.
Intéressant comment les nouvelles technologies renforcent ce sentiment de proximité illusoire avec les célébrités.
Mais est-ce vraiment une illusion, ou simplement une nouvelle façon d’interagir ?
C’est surtout un phénomène à surveiller, comme le souligne le rapport.
J’espère que les jeunes générations sauront différencier réalité et fiction.
C’est difficile quand les réseaux sociaux brouillent les frontières.