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Les manifestations paysannes, commencées en décembre, ne faiblissent guère. Le 8 janvier ont été recensées 67 actions dans 39 départements, impliquant plus de 2 200 agriculteurs et 625 tracteurs. Et Paris devient la cible de la colère des campagnes : 350 tracteurs sont ainsi entrés dans la capitale le 13 janvier. Dans pareil contexte, la question d’un exceptionnalisme paysan en matière de violence manifestante mérite d’être posée.
Si les agriculteurs ne constituent pas le groupe le plus radical en matière de violence à finalité politique, leur activisme reste élevé au regard de leur densité professionnelle. Dans les années 1980, les paysans représentaient 7 % de la population active et étaient responsables de 39 % des manifestations violentes – loin devant les étudiants ou les salariés de l’industrie, responsables respectivement de 14 % et 19 % d’entre elles.
Ils représentent aujourd’hui moins de 2 % des actifs, mais la réalité des violences agricoles, moindres que dans les années 1980, demeure forte, alors que la réduction accélérée du nombre d’exploitations conforte l’idée d’un monde en crise. Quatre-vingt-cinq pour cent de ces violences sont dirigées contre des biens, alors que les violences contre les personnes restent exceptionnelles (moins de 5 %). Cette radicalité agricole va de pair avec une relative clémence des forces de l’ordre à leur égard, en comparaison avec d’autres populations contestataires. On peut donc parler d’un double exceptionnalisme paysan.
A l’image des commerçants et artisans, les agriculteurs ne bénéficient pas de l’arme fétiche des salariés du public ou du privé : la grève. Ne pouvant délaisser leur activité dont ils dépendent directement, ainsi que leurs récoltes ou leur bétail, les agriculteurs privilégient des modes d’action directs, peu chronophages et particulièrement visibles, où la mise en scène de la violence sert leur stratégie de visibilité publique et de mise à l’agenda de leurs enjeux. Ce répertoire d’action s’ancre également dans l’imaginaire paysan encore vivace de la « montée sur la ville », hérité de la jacquerie : il renvoie à l’opposition historique, et fortement réactualisée, entre le vrai peuple des campagnes et les élites urbaines distantes.
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22 commentaires
Les agriculteurs savent mobiliser massivement, malgré leur faible nombre aujourd’hui.
La fédération agricole a su garder un pouvoir de mobilisation impressionnant.
L’exceptionnalisme paysan en matière de violence manifestante est-il vraiment justifié ?
Comparé à d’autres secteurs, leur taux de violence reste élevé, malgré leur nombre réduit.
La colère des paysans s’exprime avec une intensité particulière, peut-être par crainte pour leur avenir.
C’est effectivement un secteur en crise, la violence est souvent un dernier recours.
Les manifestations paysannes montrent une fois de plus leur capacité à perturber le calme social.
Leurs actions ont souvent un impact médiatique important.
Le monde paysan n’est pas en train de se calmer, bien au contraire.
La colère s’exprime et n’est pas près de s’éteindre.
Les manifestations paysannes geweiss fortes, mais il est intéressant de noter leur proportionnelle violence par rapport à leur poids démographique.
Vrai. Les agriculteurs savent faire entendre leur voix, même s’ils sont moins nombreux aujourd’hui.
La réduction des exploitations explique-t-elle cette persistance de la violence manifestante ?
Les chiffres des années 80 sont frappants. Les paysans représentaient 7% des actifs mais 39% des violences.
Cela reflète une époque où l’agriculture était plus menacée qu’aujourd’hui.
Tous ces tracteurs à Paris, quelle image forte de la colère paysanne !
Symbolique de leur détermination à se faire entendre.
La violence paysanne semble souvent ciblée sur les biens plutôt que les personnes, c’est déjà ça.
Oui, c’est une forme de manifestation plus destructive qu’agressive.
La violence paysanne semble moins aiguë qu’avant, mais elle reste importante.
Le gouvernement devrait écouter davantage leurs revendications avant que cela ne dégénère.
La crise du secteur agricole explique cette persistance.