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Quatre ans après le scandale suscité en France par la mort de Jeremie Cohen, un homme de 31 ans a été condamné, vendredi 20 février, à Bobigny (Seine-Saint-Denis) à dix ans de réclusion criminelle pour lui avoir fait subir des violences répétées avant qu’il soit percuté par un tramway dans sa fuite. Les magistrats de la cour criminelle de Seine-Saint-Denis ont ainsi reconnu Miguel D. coupable de violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner, commises en réunion, le soir du 16 février 2022 à Bobigny.
Se tournant vers l’ancien manutentionnaire intérimaire, qui comparaissait détenu, le président Christophe Petiteau lui a expliqué le verdict : « La cour a considéré que les violences que vous avez commises sur la personne de Jeremie Cohen, des violences répétées, avaient été la cause directe de sa fuite et donc du décès ».
L’avocat général Théo Lemettre avait auparavant réclamé contre lui onze années de réclusion, « compte tenu de la particulière gravité des faits », tout en relevant que son casier judiciaire ne comportait qu’une condamnation pour un délit routier. Dans son réquisitoire, le magistrat avait estimé que Jeremie Cohen, âgé de 31 ans au moment de l’accident, et handicapé en raison de troubles psychiques, avait encaissé, mutique, des coups de poing et de pieds sur deux scènes de violences successives et qu’il ne pouvait que vouloir fuir, sans réfléchir.
« Je reconnais les violences mais elles n’ont pas causé la mort », avait affirmé durant le procès Miguel D, l’accusé. Mais « si les violences n’avaient pas eu lieu, Jérémie Cohen serait toujours vivant », a soutenu l’accusation.
Une vidéo pour démentir la thèse de l’accident de circulation
Conformément aux réquisitions, la cour a condamné à trente mois d’emprisonnement dont quinze mois avec sursis le second accusé, Kenny A., poseur de voies ferrées de 27 ans, pour le délit de violences en réunion. Il était jugé pour avoir porté quelques coups, y compris au visage, mais uniquement sur la première scène de violences. Il est reparti libre, sa peine de onze mois de prison ferme étant aménageable, après avoir passé quatre mois en détention provisoire. Leurs défenseurs avaient souligné que tous deux avaient reconnu les faits reprochés et exprimé des regrets. Ils n’avaient pas auparavant été condamnés pour violences.
« Ce n’est pas un meurtre, pas un assassinat, pas une agression liée à la religion ni un crime lié au narcotrafic », a estimé l’avocat général, évoquant ce qui avait pu être avancé pendant la médiatisation de cette affaire ayant pris, a-t-il dit, « une importance considérable ». Il a conclu à « un lynchage doublé d’un effet de groupe, qui a abouti à une mort qui n’était pas recherchée ».
N’acceptant pas la piste initiale de l’accident de circulation et donc la clôture de l’enquête, la famille de Jeremie Cohen avait lancé un appel à témoins et récupéré auprès d’un touriste étranger une vidéo : elle montrait la deuxième scène de violences et la collision mortelle, survenant seulement treize secondes après le dernier coup.
Affaire médiatisée
En défense, l’avocat de Miguel D., Me Kamel Derouiche, a fait valoir que, sur la vidéo visionnée maintes fois à l’audience, on ne voyait en fait pas bien les coups portés : « Ce qui est insoutenable [quand on la regarde], c’est l’accident de la circulation, pas la scène de violence, parce que ce n’est pas un dossier de coups mortels », a-t-il lancé. Quand Jeremie Cohen se met à courir, « il n’est pas poursuivi, c’est un fait absolument essentiel », avait-il aussi relevé, plaidant l’acquittement.
La défense aura exposé sa thèse d’une « réaction disproportionnée » des accusés, qui auraient d’abord voulu « mettre une correction » à l’homme qu’ils disaient avoir vu se masturber dans la rue. Elle avait évoqué les nouvelles violences commises ensuite par Miguel D. comme « une démonstration de virilité mal placée » quand sa petite amie lui aurait rapporté avoir été touchée aux fesses par l’exhibitionniste.
« Les accusés disent que tout serait parti du comportement de la victime, qui se serait masturbé devant une femme âgée, et aurait agressé sexuellement » la petite amie, mais ce sont « des déclarations qui ne sont corroborées par rien et sont contradictoires entre elles », avait estimé l’avocat général. Les avocats de la partie civile avaient fustigé des « violences gratuites ».
La famille Cohen avait sollicité le candidat d’extrême droite Eric Zemmour, juste avant la présidentielle d’avril 2022, pour qu’il médiatise l’affaire, avait déploré la défense, qui avait appelé la cour à « faire abstraction du tumulte médiatique et des récupérations politiques ».











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