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Il y a cinq ans, dans le sillage du livre retentissant de Camille Kouchner La Familia Grande (Seuil, 2021), le mouvement #MeTooInceste permettait de dévoiler l’ampleur de l’inceste en France. Parmi les récits qui circulent alors, celui de la journaliste Charlotte Pudlowski, « Ou peut-être une nuit » : un podcast poignant – devenu un livre (Grasset, 2021) – sur l’inceste dont fut victime sa mère. Elle y interroge notamment l’anthropologue Dorothée Dussy, autrice d’une enquête sur l’inceste passée inaperçue à sa parution, en 2013, et pourtant capitale, Le Berceau des dominations, republiée depuis (Pocket, 2021). Ensemble, elles reviennent sur les avancées et les limites de la dénonciation d’un phénomène qu’on ne cesse de redécouvrir.
En janvier 2021, une vague de témoignages de victimes d’incestes sans précédent déferlait sur les réseaux sociaux. Quel bilan peut-on faire de ce mouvement aujourd’hui ?
Charlotte Pudlowski : Il s’est passé à la fois beaucoup et pas grand-chose. Le mouvement #MeTooInceste est le prolongement d’une dénonciation des violences sexuelles qui a progressé par cercles concentriques : d’abord les violences de rue, dans les années 2010, les violences dans le milieu professionnel, avec #MeToo. Et ça s’est rapproché de plus en plus de la famille. La Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) a permis l’écoute de dizaines de milliers de victimes. Cela a donné une grande ampleur au mouvement, mais a eu peu d’impact sur le plan politique.
Certes, depuis la loi d’avril 2021, des infractions spécifiques d’agression sexuelle ou de viol incestueux sur mineurs ont été codifiées. Mais les associations et la Civiise jugent qu’un certain nombre d’éléments – l’absence d’une création de crime pénal unique nommé « inceste », le manque de moyens donnés à la justice… – montrent que les pouvoirs publics n’entendent pas changer les choses en profondeur.
L’inceste, en France, a connu d’autres moments de « dévoilement » depuis les années 1980. Pourquoi a-t-on le sentiment d’une perpétuelle découverte de l’ampleur du problème ?
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6 commentaires
Un sujet délicat mais essentiel. La société a encore du mal à accepter l’ampleur de ce phénomène.
C’est un progrès en soi qu’on en parle davantage, même si les conséquences restent insuffisantes.
C’est vrai que la reconnaissance de l’inceste avance, mais reste encore beaucoup à faire pour protéger les victimes.
Tout à fait d’accord, il faut renforcer les mécanismes de protection et de soutien.
Le témoignage de Charlotte Pudlowski est particulièrement poignant. Cela montre l’importance d’écouter les victimes.
Oui, et c’est grâce à ces récits que la société commence à prendre conscience de la gravité de la situation.