Listen to the article

0:00
0:00

Le gouvernement et l’Eglise catholique ont signé jeudi 8 janvier en Espagne un accord pour « solder une dette historique » et indemniser les victimes d’abus sexuels commis par des religieux, après des années de réticences et d’opacité de la hiérarchie ecclésiastique.

Cet accord, paraphé par le ministre de la justice du gouvernement de gauche et la Conférence épiscopale espagnole (CEE), prévoit « la réparation intégrale des victimes d’abus sexuels survenus au sein de l’Eglise » qui ne peuvent pas saisir la justice, généralement en raison de la prescription du dossier, a indiqué le ministère dans un communiqué.

Il permet de « solder une dette historique morale que nous avions envers les victimes d’abus », a déclaré lors d’une conférence de presse le ministre de la justice, Félix Bolaños : « Pendant des décennies, il y a eu du silence, il y a eu de la dissimulation, un préjudice moral souvent impossible à compenser. » Le ministre a précisé que les réparations seraient financées par l’Eglise, qui jusqu’à présent avait refusé de participer à un dispositif de ce type.

« Une voie complémentaire »

« Pour nous, [cet accord] constitue un pas de plus sur le chemin que nous parcourons déjà depuis des années », a affirmé de son côté le président de la CEE, Luis Argüello, évoquant « une voie complémentaire » au mécanisme interne déjà mis en place par l’Eglise pour indemniser les personnes concernées.

Le Vatican a apporté « une impulsion nécessaire et indispensable pour parvenir à cet accord », a encore souligné M. Bolaños, qui avait abordé ce sujet avec le pape François, décédé en avril 2025, et avec le secrétaire d’Etat du Vatican, Pietro Parolin.

L’annonce a été saluée par des associations de victimes, qui ont pendant des années critiqué l’inaction de l’Eglise dans ce pays de tradition catholique fortement ancrée. « Notre appréciation est positive. Nous pensons que ça correspond à ce pour quoi nous avons lutté pendant de nombreuses années », a estimé auprès de l’Agence France-Presse (AFP) Juan Cuatrecasas, porte-parole de l’association Infancia robada (« enfance volée »). « Que l’Eglise, même sous la pression du Vatican, s’engage désormais à réparer, cela nous paraît très important », a-t-il ajouté.

400 000 victimes potentielles

Dans le nouveau système mis en place, qui doit entrer en vigueur dans un mois, la victime déposera plainte auprès du défenseur du peuple (ombudsman), qui proposera une réparation pouvant être « économique, morale, psychologique, restauratrice ou même les quatre simultanément », a expliqué M. Bolaños.

Si la victime ou l’Eglise n’acceptent pas cette proposition, elle sera examinée par une « commission mixte composée de l’Eglise, de l’Etat et des victimes », et, si aucun accord n’est trouvé à ce stade, la proposition du défenseur du peuple prévaudra, a ajouté le ministre.

La CEE a, de son côté, souligné dans un communiqué que l’accord ne reposait pas sur « une obligation juridique, mais sur l’engagement moral de l’Eglise ».

Elle s’est par ailleurs félicité que le gouvernement du premier ministre, le socialiste Pedro Sanchez, ait accepté que les réparations financières soient exonérées d’impôts, faute de quoi les victimes auraient dû verser jusqu’à 30 % de ce qu’elles recevront, selon Mgr Argüello.

Enfin, la CEE a salué l’engagement de l’exécutif d’« aborder la réparation intégrale des victimes d’abus dans tous les secteurs de la vie sociale », une demande récurrente de l’Eglise qui a toujours souhaité que l’attention ne porte pas uniquement sur elle lorsqu’on évoque ces abus.

A la demande du Parlement espagnol, le défenseur du peuple avait estimé, dans un rapport publié en 2023, que depuis 1940 plus de 200 000 mineurs pourraient avoir subi des abus sexuels de la part de religieux catholiques, chiffre qui atteindrait 400 000 si l’on comptait les abus commis par des laïcs dans des milieux religieux.

L’Eglise avait pour sa part commandé un audit à un cabinet d’avocats qui avait recensé au moins 2 056 victimes. Mais la CEE, qui a contesté à la fois le rapport du défenseur du peuple et l’audit de ce cabinet, a publié son propre rapport, faisant état de 1 057 « cas enregistrés » dans ses différents diocèses, dont 358 « avérés » ou « vraisemblables ».

Partager.

Salle de presse de TheNews.re. Nous couvrons l'actualité réunionnaise et internationale avec rigueur et objectivité. Notre mission : informer les citoyens avec des analyses approfondies sur la politique, la société, l'économie et la culture.

6 commentaires

  1. Un accord historique qui marque enfin un engagement concret de l’Église à l’égard des victimes d’abus sexuels. Espérons que cela servira d’exemple à d’autres institutions.

    • Pierre R. Durand le

      C’est effectivement un pas dans la bonne direction, mais il faudra aussi des mesures concrètes pour éviter que ces abus ne se reproduisent.

  2. Antoine Thomas le

    Cet accord est une étape importante, mais il reste à voir comment seront mises en œuvre ces réparations. La confiance doit être reconstruite, ce qui ne se fera pas en un jour.

  3. Marie B. Martin le

    Après tant d’années de silence, cette initiative soulève des questions sur la transparence et la responsabilité de l’Église. Les détails sur le financement des réparations seront déterminants.

  4. Sophie Moreau le

    Une dette morale est enfin reconnue par l’Église. Les victimes méritent justice, mais combien de souffrances n’auraient pas pu être évitées avec plus de transparence ?

Laisser une réponse