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D’abord un long silence. Et puis un post sur le réseau social X, samedi en fin de journée, près de neuf heures après les frappes américaines sur le Venezuela et l’annonce de l’enlèvement du président Nicolas Maduro, pour se féliciter de la chute de cette « dictature », en souhaitant que la « transition à venir » soit « démocratique ». Mais pas un mot sur les modalités de l’intervention américaine, qui piétine toutes les règles du droit international, et sans doute aussi celles du droit fédéral américain, illustration saisissante de l’impérialisme prédateur de Donald Trump, qui passe de la menace aux actes. Le président français n’a pas été le seul, sur la scène européenne, à se montrer peu disert, loin de la réaction du président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, qui a « fermement condamné » l’opération américaine : son gouvernement « ne reconnaîtra pas (…) une intervention qui viole le droit international », comme il n’avait pas reconnu le régime de Nicolas Maduro, a-t-il déclaré sur X. Clarté.
La réaction d’Emmanuel Macron, en rupture avec la tradition diplomatique française, a suscité de vives critiques des responsables politiques, notamment à gauche. Mais c’est l’ancien premier ministre Dominique de Villepin qui, dimanche sur BFM-TV, a eu les mots les plus durs, dénonçant une réaction « aveugle, inconsciente des réalités et irresponsable », doublée d’une « logique de soumission et de vassalisation » : « Nous sommes en train de nier notre propre identité historique. » Celui qui avait représenté Jacques Chirac devant le Conseil de sécurité des Nations unies en 2003, pour dire non à l’intervention américaine en Irak, estime que M. Macron a ménagé M. Trump pour ne pas s’aliéner ce dernier dans le dossier ukrainien, à la veille d’une réunion décisive. Mais il a jugé que « ne pas réagir à ce qu’il se passe au Venezuela, c’est s’affaiblir dans la négociation sur l’Ukraine ». C’est aussi ce que pense François Hollande, selon lequel son successeur « ne veut pas se fâcher avec Trump » dans l’espoir d’infléchir ses choix. Mais, regrette l’ancien président auprès du Monde, « c’est ne rien comprendre à Trump », qui « ne respecte que les forts ». Or, tranche-t-il, « Macron ne l’est pas à ses yeux ».
Avant le post du président, le ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, avait fait entendre une musique différente, affirmant que l’opération américaine « contrev[enai]t » au « principe de non-recours à la force, qui fonde le droit international ». « La France rappelle qu’aucune solution politique durable ne saurait être imposée de l’extérieur et que les peuples souverains décident seuls de leur avenir », a-t-il écrit sur X. Une position calée avec l’Elysée, s’est empressée de faire valoir la présidence, dimanche, laissant entendre que les deux déclarations étaient complémentaires : le rappel des principes d’abord, la préparation de l’après-Maduro ensuite.
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13 commentaires
Les critiques de gauche envers Macron sont justifiées : la diplomatie française devrait défendre les principes du droit international, même face à l’impérialisme américain.
Macron a manifestement choisi de ne pas prendre position clairement, ce qui risque effectivement de donner l’impression d’un manque de leadership.
C’est une posture qui peut nuire à l’image internationale de la France, habituellement très affirmative en matière diplomatique.
Cette affaire risque de ternir davantage l’image de la France sur la scène internationale, déjà fragilisée par plusieurs dossiers.
C’est certain. La France perd en crédibilité quand elle ne prend pas position de manière claire et courageuse.
La comparaison avec Pedro Sanchez est frappante. L’Espagne a su prendre une position ferme et cohérente, contrairement à la France.
Est-ce dû à une peur de froisser Washington, alors même que la situation au Venezuela exige des réponses claires?
La réaction tardive du président français est effectivement préoccupante. Pourquoi une telle retenue alors que des pays comme l’Espagne osent condamner l’expérience militaire américaine?
On pourrait aussi y voir une hésitation à s’opposer frontalement aux États-Unis, malgré les violations du droit international.
La France a peut-être des intérêts économiques importants au Venezuela, ce qui pourrait expliquer cette prudence diplomatique.
Les silences de Macron pourraient effectivement être interprétés comme un aveu d’impuissance, ou du moins une absence de vision stratégique.
La France devrait peut-être revoir sa stratégie en Amérique latine, où son influence est clairement contestée.
C’est un constat partagé par beaucoup d’observateurs, mais difficile à rectifier dans le contexte actuel.