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Le sondage de l’IFOP sur « le rapport à l’islam et à l’islamisme des musulmans de France », publié le 18 novembre, a suscité, comme à chaque fois que ce genre d’enquête est divulgué, un flot de réactions déplorant un mouvement de radicalisation et d’islamisation des musulmans vivant en France, et l’impression d’un naufrage des valeurs républicaines.
Au sein de cette population qui se déclare affiliée à l’islam, et qui représente 7 % des personnes vivant sur le sol métropolitain, les jeunes concentrent les inquiétudes, tant ils semblent gagnés par le rigorisme et le séparatisme culturel et politique.
L’interprétation des données du sondage n’est pourtant pas si aisée, et le risque d’extrapolation est vite venu. Concernant la proximité idéologique avec les islamistes, la question posée était : « Vous-même, quelle est votre opinion sur les islamistes ? Diriez-vous que vous approuvez : (1) la plupart de leurs positions, (2) seulement quelques-unes de leurs positions ou que (3) vous désapprouvez l’ensemble de leurs positions. »
Dans la diapositive qui présente les résultats, les 38 % des musulmans – 42 % des 15-24 ans – ayant sélectionné les réponses 1 et 2 sont regroupés sous la catégorie englobante « approuvent au moins quelques-unes des positions des islamistes », sans que soit explicitement mentionné que 34 % ont choisi la deuxième réponse, qui est restrictive, et 8 % la première réponse qui est, elle, extensive. Le fait que 62 % des enquêtés désapprouvent l’ensemble des positions islamistes et que 92 % désapprouvent presque toutes les positions islamistes est passé sous silence.
Des conceptions exclusivistes
La lecture attentive de ce sondage et sa confrontation avec d’autres enquêtes amènent à dresser un tableau plus nuancé du rapport des musulmans, et notamment des plus jeunes d’entre eux, à l’islam et à la laïcité.
Certes, les nouvelles générations musulmanes intensifient leur rapport à leur religion, et privilégient ses formes les plus « orthopraxes » et les plus orthodoxes, mais ces dynamiques s’observent aussi dans le catholicisme et le judaïsme, même si le curseur n’est pas placé au même endroit. Les jeunes musulmans adoptent des conceptions exclusivistes de leur religion, vue comme la seule « à être vraie, même si d’autres peuvent contenir des éléments de vérité », à rebours du reste de la société française, qui se situe massivement dans un cadre relativiste – « il n’y a pas de vraie religion, car toutes les religions contiennent des vérités ».
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12 commentaires
Les médias pourraient approfondir l’analyse de ces résultats au lieu de tomber dans le sensationnalisme. Une approche équilibrée serait plus utile.
Malheureusement, c’est souvent la simplificateur qui prime. Dommage pour le débat public.
Intéressant de voir que cette tendance vers un retour aux sources religieuses est présente dans toutes les communautés. Cela pourrait refléter un besoin de repères dans un monde en pleine mutation.
Oui, c’est une tendance observable ailleurs qu’en France. Peut-être faut-il y voir un reflux contre la sécularisation accrue ?
Ce sondage révèle surtout l’importance de la question identitaire chez les jeunes. La religion peut être un proche refuge face à l’incertitude.
Ce sondage soulève des questions importantes sur l’évolution des pratiques religieuses en France. Il est essentiel d’éviter les généralisations et de considérer les nuances des réponses.
Tout à fait d’accord. Les jeunes générations ont des aspirations complexes qui méritent une analyse approfondie.
Pourrais-je avoir des précisions sur les critères de l’enquête ? Les questions posées sont-elles biaisées ?
Les réactions alarmistes autour de ce sondage montrent à quel point le sujet est sensible. La peur de l’autre domine encore trop souvent le débat.
En effet, les émotions prennent souvent le pas sur une lecture rationnelle des données.
Les jeunes musulmans en France ne sont pas homogènes. Il serait réducteur de les associer tous à des courants rigoristes.
Tout à fait, la diversité des opinions doit être reconnue, même dans les minorités.