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Après dix jours d’une grève qui a perturbé le système de santé sans le mettre à l’arrêt, les syndicats de médecins libéraux ont « suspendu » leur mouvement, après avoir obtenu du gouvernement des engagements de retrait de mesures contestées et une promesse de « renouer le dialogue ».

« Nous suspendons » le mouvement de grève, a indiqué à l’Agence France-Presse (AFP) le docteur Franck Devulder, président du syndicat CSMF, après une réunion de l’intersyndicale qui regroupait notamment les six syndicats de médecins libéraux représentatifs. « Mais nous disons aussi “plus jamais cela, plus jamais d’attaques en règle contre la médecine libérale”, a-t-il ajouté. Sinon, le mouvement recommencera. »

La ministre de la santé, Stéphanie Rist, a présenté vendredi, par communiqué de presse et dans une lettre aux médecins, une série d’engagements pour mettre fin à ce mouvement de grève diffus, entamé le 5 janvier. Ainsi, le gouvernement s’engage à supprimer dans l’actuel projet de loi contre la fraude fiscale et sociale le caractère obligatoire de la « mise sous objectifs » par l’Assurance-maladie des médecins qui surprescrivent des arrêts de travail par rapport à leurs confrères et consœurs en situation comparable.

Cette « mise sous objectifs » (une réduction de 30 % du volume d’indemnités journalières prescrites par exemple) conserverait un caractère non obligatoire, le médecin pouvant à la place choisir un contrôle systématique de ses prescriptions par le médecin-conseil de l’Assurance-maladie.

Mme Rist s’est aussi engagée à « proposer une suppression des mesures permettant une baisse unilatérale des tarifs » par le gouvernement sur demande de l’Assurance-maladie, un autre chiffon rouge pour les médecins. Ces dispositions votées par amendement parlementaire dans le budget de la Sécu 2026 seront abrogées par « le prochain vecteur législatif qui le permettra ».

Le compte n’y est pas, pour les syndicats

La ministre s’est aussi engagée à « relancer des discussions » avec les syndicats sur les tarifs de l’imagerie pour revenir sur certaines baisses tarifaires programmées, « à condition de conserver le niveau d’économie prévu » pour l’Assurance-maladie (300 millions d’euros). Sur le cumul emploi-retraite, elle promet de la rendre plus favorable pour les médecins « exerçant en zones sous-denses ». En revanche, la suppression du remboursement par l’Assurance-maladie des prescriptions des médecins en secteur 3 (praticiens non conventionnés aux consultations non remboursées) sera maintenue.

Pour M. Devulder, les syndicats de médecins libéraux pourraient relancer la grève, notamment en cas d’adoption par le Parlement de l’une des deux propositions de loi visant à réguler l’installation des médecins, la proposition de loi Garot (votée en première lecture par l’Assemblée nationale) et la proposition de loi Mouillé (voté en première lecture par le Sénat).

Les syndicats sont également totalement opposés aux propositions des députés Yannick Monnet (Gauche démocrate et républicaine) et Jean-François Rousset (Ensemble pour la République), qui ont appelé dans un rapport en octobre à plafonner les dépassements d’honoraires, a-t-il indiqué.

Les syndicats restent aussi vigilants sur les conditions d’accueil et de rémunération des docteurs juniors, ces internes en quatrième année de médecine générale appelés à venir renforcer les généralistes dans les territoires sous-dotés à partir de novembre 2026. Une réunion sur le sujet avec les représentants des internes est prévue lundi au ministère de la santé, selon les syndicats.

Impact sur les urgences

Le niveau de participation à la grève entre le 5 et le 15 janvier reste difficile à mesurer. L’Assurance-maladie a vu baisser d’un peu plus de 13 % le nombre de feuilles de soins télétransmises sur la période de grève (hors samedi et dimanche et jeudi 15), selon des données de l’institution compilées par l’AFP. Le facteur neige a probablement joué aussi dans cette baisse la première semaine, en perturbant les déplacements.

La grève a en tout cas eu un impact certain sur les urgences des hôpitaux publics, dont le traditionnel engorgement hivernal dû aux épidémies a été aggravé, avec des patients ne trouvant plus de réponse en médecine de ville.

Le syndicat de médecins urgentistes SAMU-Urgences de France a de nouveau tiré la sonnette d’alarme, vendredi : « augmentation de 24 % de l’activité des SAMU-SAS [service d’accès aux soins] qui se maintient en début d’année, services d’urgences saturés en continu (…) multiplication des plans blancs… », ce dispositif permettant notamment le rappel de soignants en repos, ou la déprogrammation de soins non urgents.

« Les conditions d’exercice » aux urgences « sont indignes, et les conséquences sont majeures : événements indésirables graves, décès sur [des] brancards, perte de chance des patients, épuisement physique et psychique des équipes, fuite des professionnels et perte d’attractivité d’une spécialité incontournable », a fustigé le syndicat.

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