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Livres. Il y a peu de hasards mais de fortes constructions sociales. Ce prisme d’analyse de la société, cher, entre autres, au sociologue Pierre Bourdieu, se révèle particulièrement pertinent dans le milieu scolaire. Deux ouvrages de sociologie creusent cette question dans une approche renouvelée. Premières classes. Comment la reproduction sociale joue avant six ans, sous la direction de Frédérique Giraud et Gaële Henri-Panabière (Université Paris Cité éditions, 180 pages, 15 euros) explore dans la nuance et la profondeur comment la reproduction sociale se joue dès l’école maternelle.
Le second ouvrage, Les Amitiés au collège. Mixité sociale et relations entre élèves (PUF, 288 pages, 19,90 euros), s’interroge sur la manière dont la mixité sociale au collège peut rebattre les cartes des relations entre élèves. Avec Premières classes, les chercheurs réunis par Frédérique Giraud et Gaële Henri-Panabière examinent à quel point les pratiques culturelles des familles façonnent les manières d’apprendre des enfants avant 6 ans, mais construisent aussi – ou non – la confiance en soi, le rapport au temps ou l’ouverture au monde.
Sept cents collégiens interrogés
Les aptitudes et les goûts de 35 enfants ont été étudiés dans les sphères scolaire et familiale pour en saisir les interactions. « L’innocence comme la curiosité enfantine ont des ressorts sociaux », observent Frédérique Giraud et Gaële Henri-Panabière, à l’issue de ce travail de terrain. Ainsi, à 5 ans, Lisa a parfaitement compris son métier d’élève. Elle peut réaliser un puzzle de façon autonome et le ranger à l’issue de l’activité, non en raison de prédispositions naturelles mais parce que sa mère, diplômée bac + 5 et au foyer, lui propose déjà à la maison des activités qui ont habitué la petite fille aux attendus de l’école.
La maman de Flavia, elle, issue d’un milieu populaire, ne cherche pas à orienter les goûts culturels de sa fille ou à faire de chaque moment en famille un moment d’apprentissage. Flavia a néanmoins développé des compétences relationnelles qui en font une élève populaire auprès de ses camarades et sur laquelle son enseignante peut s’appuyer. Mais ces compétences sont peu valorisées par le système éducatif. Premières classes bat ainsi en brèche le cliché de parents des classes populaires démissionnaires face à l’école. Leurs ressources comme leurs stratégies se révèlent simplement moins efficaces d’un point de vue scolaire.
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10 commentaires
Bon article, mais il aurait été pertinent d’aborder aussi le rôle des parents dans cette dynamique.
Un sujet crucial qui mérite plus d’attention dans le débat public.
On se demande si ces dynamiques sociales influencent aussi la réussite scolaire dans les disciplines scientifiques, comme les maths ou les sciences physico-chimiques.
Ces inégalités sont un vrai handicap pour les talents potentiels qui échouent par manque d’accompagnement.
Intéressant, mais comment concrètement aider les enseignants à dépasser ces déterminismes sociaux dans leur quotidien?
Je suis un peu sceptique. Les études sur la reproduction sociale peuvent parfois manquer de nuances sur les parcours individuels.
Fascinant de voir à quel point les inégalités sociales commencent si tôt dans le système éducatif.
Merci pour cet article éclairant. Ça fait réfléchir sur l’importance d’un accompagnement précoce des enfants issus de milieux défavorisés.
Ces constatations soulignent l’urgence de repenser les programmes scolaires pour tous.
Les politiques publiques devraient vraiment intégrer ces constats pour améliorer l’égalité des chances.