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Depuis quelques années, le milieu culturel s’est lancé dans une transition écologique à marche forcée : chartes, labels verts, bilans carbone, résidences en « mobilité douce », scénographies allégées.

On peut saluer l’effort, mais il faut aussi regarder ce qui se joue derrière cette agitation. Car l’écologie, telle qu’elle est mise en scène aujourd’hui, fonctionne souvent comme un discours de fin du monde : un récit eschatologique où tout serait sur le point de basculer, et où chacun devrait apprendre à se restreindre avant qu’il ne soit trop tard. On demande alors au secteur culturel de s’y conformer, comme si cette mutation allait de soi. Elle ne va pas de soi du tout.

Les pratiques culturelles n’ont jamais été homogènes : certaines relèvent de l’intime, du lent, du presque silencieux. D’autres, au contraire, monumentales, grandioses, exubérantes, engagent des formes de réjouissances collectives où la profusion, l’abondance et le gaspillage constituent le cœur même de l’expérience, qu’il s’agisse d’un concert de 100 000 personnes, d’œuvres monumentales, de tournées mondiales.

Or ces effervescences collectives ne sont pas des détails. Elles activent un ressort anthropologique essentiel, existentiel : la dépense collective. On la retrouve dans le don ostentatoire, la dépense souveraine, l’exubérance ritualisée qui suspend brièvement l’ordre du quotidien. Dépenser, c’est montrer que la communauté tient encore debout. Dans ce sens, l’art lui-même fonctionne souvent comme une prodigalité culturelle : un espace où la nécessité perd momentanément ses droits.

Ces mécanismes sont bien présents dans les mondes culturel et artistique, où les publics attendent que « quelque chose déborde » : une intensité, une générosité, une opulence symbolique et réelle. Le public y est sensible, les élus aussi, les artistes tout autant : un imaginaire du plus que nécessaire où les célébrations somptuaires rassurent parce qu’elles donnent l’impression que, malgré les crises, il reste un surplus de vie. L’art et la fête, au sens large, relèvent encore de rituels performatifs de dépense, et de moments où une société affirme qu’elle n’est pas entièrement gouvernée par la rareté.

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