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Doctorant au Centre de sociologie des organisations (Sciences Po-CNRS), Clément Bellanger travaille depuis plusieurs années sur le financement familial des études supérieures. Sa thèse en cours, « Un crédit sans intérêt ? Une sociologie du prêt étudiant en France », tente de comprendre les raisons du faible recours au prêt étudiant en France.

On observe depuis quinze ans un essor sans précédent de l’enseignement supérieur privé, donc des études plus chères. Le recours au prêt étudiant augmente-t-il aussi ?

Non et c’est en effet plutôt surprenant, étant donné la privatisation de l’enseignement supérieur, la hausse de la précarité étudiante et l’existence de taux d’intérêt bas. Le taux de recours au prêt pour financer ses études supérieures reste à la fois marginal et stable. Selon les enquêtes de l’Observatoire de la vie étudiante, menées tous les trois ans entre 2013 et 2023, ce chiffre oscille entre 4 % et 6 %. Il est un peu sous-estimé dans la mesure où un certain nombre d’écoles privées ne sont pas prises en compte dans les enquêtes de l’Observatoire, mais cela ne change pas son caractère marginal. L’objectif de mes travaux est de comprendre pourquoi ce mode de financement ne s’est jamais diffusé en France, contrairement à d’autres pays européens.

Qu’est-ce que vos trois premières années de recherche vous ont appris ?

Elles m’ont déjà permis d’écarter les explications le plus souvent avancées. La première serait que les familles ne connaissent pas ce dispositif. C’est faux. Mes entretiens le montrent : les familles le connaissent mais elles refusent d’y avoir recours. Il y a une sorte de « prime morale » à financer soi-même les études de ses enfants. Certains jeunes préfèrent cumuler plusieurs emplois que de contracter un prêt.

Un autre argument serait culturel et institutionnel. Là aussi c’est faux : l’Etat français essaie de construire un système de prêts qui soit complémentaire de celui des bourses depuis très longtemps. Les archives des ministères en attestent : des projets de prêts étudiants ont été préparés tout au long du XXe siècle, que ce soit sous la forme de « présalaire » comme au lendemain de la première guerre mondiale, de prêts sociaux étudiants dans les années 1970 et 1980 ou encore de prêts garantis par l’Etat dans les années 1990. Mais tous ont échoué.

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