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Lorsque Donald Trump affirme que Nicolas Maduro a été enlevé, le 3 janvier, afin de « prendre le pétrole » du Venezuela, on peut avoir le sentiment que, enfin, un voile se déchire. Enfin, la réalité du pouvoir apparaîtrait au grand jour. Fini les fictions diplomatiques et les discours émollients sur la démocratie, la stabilité régionale et les droits humains. Donald Trump dirait tout haut ce que d’autres présidents américains pratiquaient en douce : les interventions, la géopolitique, c’est d’abord une affaire d’accès aux ressources et, au premier chef, à la ressource pétrolière.

Cette impression de lucidité pourrait être trompeuse. C’est au moins ce qu’invite à penser la lecture du formidable Oilcraft. The Myths of Scarcity and Security that Haunt US Energy Policy (« Oilcraft, les mythes de la rareté et de la sécurité qui hantent la politique énergétique américaine », Stanford University Press, 2020, non traduit), du professeur en science politique américain Robert Vitalis.

Le livre s’ouvre sur une scène révélatrice. En 2017, rendant visite au siège de la CIA, Donald Trump déclare que les Etats-Unis auraient dû « prendre le pétrole » irakien après l’invasion de 2003, ajoutant qu’« il y aurait peut-être une seconde chance ». Ce genre de déclaration relève de ce que Vitalis appelle « l’oilcraft ». Le terme n’est pas facile à traduire. Par analogie avec statecraft, l’art de gouverner, il désigne un ensemble de récits qui font du pétrole une source quasi magique de puissance politique. Contrôler physiquement des gisements permettrait de sécuriser les approvisionnements, voire de contrôler l’économie mondiale. Cette idée a été répétée tant et tant qu’elle a fini par être qualifiée de « réalisme ».

Ce pseudo-réalisme est pourtant réfuté par les experts de l’économie des matières premières depuis bien longtemps. Prenons par exemple la seconde guerre en Irak, en 2003. Vantée et surtout dénoncée comme le cas paradigmatique d’une « guerre pour le pétrole », l’invasion n’a pourtant produit aucun des effets que le réalisme pétrolier laissait attendre. Les Etats-Unis n’ont ni pris possession du pétrole irakien, ni exercé un contrôle durable sur sa production, ni été en mesure d’en fixer les prix ou d’en orienter les flux à leur avantage stratégique.

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9 commentaires

  1. Intéressant article sur les enjeux géopolitiques du pétrole. dome une perspective claire sur les priorités des grandes puissances.

  2. Trump a peut-être dit la vérité sur les motivations derrière les interventions étrangères. C’est une vision cynique mais réaliste.

  3. On comprend mieux pourquoi les conflits persistent dans des régions riches en pétrole. Les discours officiels masquent souvent des intérêts matériels.

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