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La revue des revues. « Le sombre monarque débarque et étale son pouvoir/ La puissance de l’ombre s’installe », chantait le groupe IAM dans son tube L’Empire du côté obscur, en 1997. Ainsi s’ouvre le 260e numéro de la revue Actes de la recherche en sciences sociales, lui aussi consacré à la face sombre d’un empire symbolique : la famille.

L’introduction des coordinatrices du numéro, Anaïs Albert, Sibylle Gollac et Anne Lambert, l’annonce d’emblée : la famille n’est ni une chose naturelle ni un sanctuaire épargné par les rapports de domination à l’œuvre dans l’ensemble de la société. Cette réalité ne peut s’appréhender qu’en « déconstruisant la frontière entre public et privé », projet de ce numéro qui sera bientôt suivi d’un second volet.

Les sociologues Marion Gaboriau et Eve Meuret-Campfort ont ainsi mené des entretiens avec des personnes âgées ayant recours à des aides à domicile, pour mieux comprendre les relations qui s’établissent entre elles. Souvent chargées d’effectuer un travail perçu comme gratuit et féminin (cuisine, soins, repassage), ces aides s’inscrivent dans une zone grise entre le salariat et l’affectif, concurrençant parfois la famille biologique : « On a des liens très forts, ce n’est pas très bien par rapport à leurs enfants », confie Marie-Claude Dubois, aide à domicile auprès d’un couple de personnes âgées.

Inégalités de genre

Ce mélange de mécanismes économiques et affectifs marque l’influence des logiques capitalistes sur une sphère familiale déjà sclérosée par les inégalités de genre et de classe. C’est vrai dans les milieux les plus favorisés : les chercheuses Angèle Jannot et Chloé Pariset montrent ainsi que les hommes en couple hétérosexuel issus de catégories socio-économiques supérieures ont tendance à s’approprier symboliquement le patrimoine détenu légalement en commun, au détriment de leurs épouses. Cela concerne aussi les milieux plus modestes, comme le montrent les sociologues Sofia Aouani et Julia Descamps. Analysant le rapport au travail des femmes immigrées arrivées en France dans le cadre du regroupement familial, elles soulignent le poids des injonctions contradictoires entre travail domestique gratuit, rôles féminins traditionnels et difficile insertion sur le marché de l’emploi.

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16 commentaires

  1. Pierre Richard le

    Les aides à domicile jouent un rôle complexe, entre assistance professionnelle et implication affective. Cette étude met en lumière une réalité souvent ignorée.

  2. Pourquoi les travailleurs de l’aide à domicile sont-ils souvent perçus comme des remplaçants de la famille biologique ? Leur rôle est crucial, mais il mérite une reconnaissance à part entière.

  3. La famille comme lieu de domination ? Une révélation pour certains, mais une évidence pour d’autres familiarisés avec les théories sociales.

  4. Jean B. Bernard le

    La famille, souvent idéalisée, apparaît ici comme un espace de luttes et de pouvoir. Une lecture salutaire pour déconstruire les mythes.

  5. Une analyse intéressante sur les dynamiques de pouvoir au sein de la famille. Cela montre à quel point les relations familiales sont influencées par des logiques sociales plus larges.

  6. Les aides à domicile méritent une meilleure reconnaissance, leur travail va bien au-delà de tâches domestiques : elles construisent aussi des liens affectifs.

  7. Camille I. Dubois le

    Intéressant de voir comment la frontière entre public et privé est souvent floue dans les relations familiales. Cela influence réellement les dynamiques de pouvoir à l’intérieur du foyer.

  8. Pourquoi certaines tâches sont-elles toujours associées au genre, même dans le cadre familial ? Une question pertinente abordée par cette analyse.

  9. La famille n’est pas un havre de paix, mais bien un champ de rapports sociaux. Une approche bien nécessaire pour comprendre nos structures familiales contemporaines.

  10. Chloé Richard le

    Une revue qui ose aborder des sujets tabous, comme cette modernisation de la famille et les nouvelles formes de domination qui s’y développent.

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