Listen to the article

0:00
0:00

A l’occasion des 120 ans de la loi de 1905, certains ont cru bon d’affirmer que la laïcité serait devenue une « valeur coercitive », « hypertrophiée », visant « quasi exclusivement les musulmans », allant jusqu’à faire état d’une « alliance objective entre laïcisme intransigeant et fondamentalisme islamiste ».

Ces considérations reposent sur une interprétation profondément réductrice de la laïcité, vue comme une abstention de l’Etat qui se bornerait à organiser la liberté et la coexistence des religions. Or la laïcité n’est pas un art de gérer la diversité religieuse ; elle est la condition politique d’une liberté commune. En la réduisant à une simple neutralité de l’Etat, on oublie son cœur : assurer l’émancipation des personnes, protéger chaque conscience contre les emprises dogmatiques, garantir l’égalité en droits et en dignité et ériger ainsi des citoyens concourant au bien public.

Ces critiques déplacent l’idéal de citoyenneté vers les appartenances communautaires et identitaires, en contradiction absolue avec les principes de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Celle-ci énonce clairement dans son article 3 que la seule loi à laquelle sont tenus d’obéir les citoyens est celle votée par la nation souveraine. Elle précise que nulle organisation ne peut y substituer ses règles ou tenter de les faire prévaloir. Elle affirme en son article 10 que nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, à condition que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. Ces articles n’organisent pas une mosaïque de croyances, ils instituent un ordre civil, où la loi ne procède d’aucune révélation, n’exprime aucun dogme.

Une architecture de liberté

La laïcité n’est donc pas un compromis tardif, ajouté à la République en 1905, comme un instrument de régulation du pluralisme religieux. Elle est le choix fondateur, juridique et philosophique, par lequel un peuple décide de ne plus se définir par une religion, une origine, une tradition sacrée. Avec la loi concernant la séparation des Eglises et de l’Etat du 9 décembre 1905, la République réaffirme que l’unité politique ne naît pas de l’appartenance religieuse mais de la liberté et de l’égalité. C’est bien l’application directe des articles 3 et 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. En ce sens, la laïcité est constitutive de l’idée même de République.

Il vous reste 66.89% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Partager.

Salle de presse de TheNews.re. Nous couvrons l'actualité réunionnaise et internationale avec rigueur et objectivité. Notre mission : informer les citoyens avec des analyses approfondies sur la politique, la société, l'économie et la culture.

6 commentaires

  1. Claire Dubois le

    La laïcité est un pilier fondamental de notre République, garantissant la liberté de conscience pour tous. Réduire son rôle à un simple outil de gestion des religions appauvrit son sens profond.

  2. Intéressant article, mais on pourrait approfondir l’impact de ces débats sur la cohésion sociale. Quel équilibre trouver entre liberté individuelle et respect collectif ?

  3. Claire Bernard le

    Certains semblent confondre neutralité de l’État et indifférence institutionnelle. La laïcité exige au contraire un engagement actif pour protéger les droits de chacun.

  4. Ces critiques sur la laïcité oublièrent qu’elle protège précisément ceux qui pourraient être soumis à des pressions communautaires. C’est une question d’égalité et de dignité.

  5. Chloé M. Petit le

    Je reste sceptique face à ces accusations de coercition. La laïcité, quand elle est bien comprise, libère plus qu’elle n’opprime.

  6. Pierre R. Bernard le

    La référence à la Déclaration des droits de l’homme est cruciaux. La laïcité est bien plus qu’une tolérance passive, c’est une garantie active des libertés.

Laisser une réponse