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Au printemps 2023, je ne me suis pas découverte porteuse d’une seule maladie. L’AVC dont j’ai été victime a coïncidé avec d’autres pathologies, diagnostiquées assez rapidement par les médecins. Il en a créé certaines, qui m’étaient annoncées avec plus ou moins de tact. L’anosognosie, dont j’admire les racines grecques, est peut-être celle que je préfère. Elle n’avait pourtant rien pour me plaire. Son nom, d’abord. Il sonne complexe, et langue morte. Un genre d’érudition, qui demande des précisions : « a » privatif, « noso » = maladie, « gnosie » = connaissance. L’anosognosie est littéralement l’incapacité à prendre conscience d’une maladie ou de ses conséquences. Anosognosique, c’est se penser capable d’aller aux toilettes/jardin/salon sans avoir conscience que cela nécessite de pouvoir bouger deux jambes valides. Je ne peux pas marcher mais je ne le sais pas. Pas du tout.
On a beau me le répéter, et avec la plus extrême des douceurs, je ne comprends pas que j’ai un problème sérieux. L’anosognosie est une double peine qui, parfois, me donne l’impression d’être limitée intellectuellement. En orthophonie, je passe des heures à répéter des exercices consistant à entourer des cloches sur une feuille, ou à faire des petits jeux vidéo idiots, je m’agace quand l’orthophoniste en conclut que je suis « ralentie ». Il m’est impossible de comprendre qu’elle cherche sans doute à me provoquer pour que je prenne la mesure de l’ampleur des dégâts.
Et il y en a. Le psychologue du service de l’hôpital parisien où j’habite depuis que ma vie a basculé cache mal ses sentiments. Quand je lui explique avec assurance que, pour me rendre chez mon analyste près de la place de la République, il suffit de prendre le métro, « c’est direct et facile », sans préciser que le cabinet est au quatrième étage sans ascenseur, il semble hésiter entre l’affolement et la difficulté à endiguer un fou rire. Laissez-moi du temps. Je n’ai pas compris tout de suite ce qu’impliquait l’AVC, pas assimilé ce qu’il adviendrait de moi (rien) avec un bras, une main et une jambe en moins. On pourrait regretter cette espèce de déni si l’on ne comprenait pas qu’il servait à me protéger : puisque je ne savais pas mes incapacités, je n’en souffrais pas. Hop, fastoche. Sans l’anosognosie, je crois que je n’aurais jamais tenu huit mois à l’hôpital, je serais devenue folle.
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20 commentaires
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