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Poison à diffusion lente dans la vie politique américaine, déjà bien détraquée, l’affaire Epstein étend à présent ses effets en Europe. Au Royaume-Uni, les révélations sur la transmission, en 2010, par Peter Mandelson, ancien ministre travailliste, à son ami le milliardaire Jeffrey Epstein, alors déjà accusé d’incitation à la prostitution de mineures, d’informations sur la vie politique interne du gouvernement britannique, mais aussi sur ses liens d’argent avec lui, fragilisent le premier ministre Keir Starmer et profitent à l’extrême droite. M. Mandelson, nommé ambassadeur aux Etats-Unis par M. Starmer, a dû démissionner en septembre. La mise en cause de personnalités en Norvège ébranle également ce royaume.

La révélation, dans la masse de documents rendus publics le 30 janvier par la justice américaine, des liens amicaux et financiers entretenus par Jack Lang, 86 ans, président de l’Institut du monde arabe (IMA), avec le criminel sexuel américain mort en prison en 2019, n’a pas de connotation directement politique et ne produit pas un souffle de la même ampleur.

Aucune des 673 occurrences du nom de l’ancien ministre de la culture de François Mitterrand, relevées dans les documents américains, ne l’implique dans les trafics commis par le pédocriminel. Mais leur récurrence interroge sur la poursuite de relations proches et intéressées avec Jeffrey Epstein, bien après sa condamnation à une peine de prison en 2008 pour incitation à la prostitution de mineures.

« Coups de main » d’Epstein notamment pour financer un film à la gloire de Jack Lang, prêt d’un avion personnel pour un voyage à Marrakech, et même d’une voiture pour un trajet Paris-Chantillly, invitations à des réceptions publiques et privées, entremise de M. Lang pour des contacts en France et pour la vente d’un riad… La somme de services rendus, financiers ou « amicaux », décrits par les mails publiés, met en lumière l’étroitesse de relations indifférentes au parcours judiciaire de Jeffrey Epstein, dont M. Lang dit ne pas avoir eu connaissance. Le Parquet national financier a annoncé, vendredi 6 février, avoir ouvert une enquête pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée », contre lui et sa fille Caroline.

M. Lang ne pèse plus, depuis longtemps, dans la vie politique française. Mais il préside depuis plus de douze ans une institution diplomatico-culturelle, l’IMA, principalement financée par Paris. Son maintien à la tête de cet instrument d’influence de la France dans le monde arabe n’est pas une question juridique mais de dignité. Le dynamisme de cet homme de réseaux comme responsable d’une entité au fonctionnement complexe et au réel rayonnement n’est pas en cause.

Mais comment une personnalité nommée par le président de la République pourrait-elle se maintenir à la tête d’une fondation reconnue d’utilité publique après la faute morale commise en conservant des liens de grande proximité avec le responsable d’un trafic humain à but sexuel dont des centaines de femmes ont été victimes ? Sa propre fille Caroline, elle aussi mise en cause, a immédiatement démissionné de ses fonctions professionnelles. Quant aux dirigeants du Parti socialiste, l’ancienne famille politique de M. Lang, ils l’appellent eux-mêmes à quitter ses fonctions.

La « convocation », dimanche 8 février, de M. Lang au ministère des affaires étrangères à la demande conjointe des deux têtes de l’exécutif – la présidence de la République et le premier ministre – donne la mesure de ce qui est en jeu : au-delà de la réputation internationale du pays, c’est la toxicité politique, au profit des extrémistes, de la moindre complaisance avec des pratiques personnelles et financières accablantes.

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