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Directrice de recherche au CNRS et directrice d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, la sociologue Gisèle Sapiro est notamment autrice de Qu’est-ce qu’un auteur mondial ? Le champ littéraire transnational (EHESS, Gallimard, Seuil, 2024). Cette chercheuse, spécialiste du champ littéraire, apporte son éclairage dans la querelle qui oppose l’éditeur Antoine Gallimard aux agents littéraires.
Au moment de la Foire internationale du livre de Francfort, mi-octobre, Antoine Gallimard a tenu des propos assez dépréciatifs à l’encontre de la profession d’agent littéraire, comme : « Ils ne parlent que d’argent, pas de la qualité des textes. » Que vous inspirent ses déclarations ?
Cela rappelle fortement la perception que les éditeurs avaient des agents littéraires aux Etats-Unis dans les années 1920-1930. La profession apparaît au Royaume-Uni à la fin du XIXe siècle. Elle s’implante aux Etats-Unis au début du XXe siècle et se diffuse en Europe à travers les échanges avec ce pays. Elle est introduite après la deuxième guerre mondiale en Italie, puis en Espagne par Carmen Balcells [qui représenta Eduardo Mendoza, Javier Cercas, Isabel Allende, entre autres]. Dans la France de l’entre-deux-guerres, deux agences, Bradley et Hoffman, représentaient les auteurs américains en France, et parfois des auteurs français aux Etats-Unis. Mais la représentation d’auteurs français auprès de leurs éditeurs est beaucoup plus récente en France, si l’on met à part François Samuelson, établi en 1988. En Allemagne, ce modèle s’est généralisé dans les années 1990.
Cette résistance française s’explique par le lien fort entre l’auteur et son éditeur mais aussi par la concentration plus tardive de l’édition. Aux Etats-Unis, où les positions des éditeurs sont moins stables, leur relation avec les auteurs est moins suivie. La découverte de nouveaux auteurs est déléguée aux agents, de même qu’une bonne partie du travail sur le manuscrit.
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6 commentaires
Intéressant de voir comment les relations entre éditeurs et agents littéraires évoluent. Les propos d’Antoine Gallimard soulèvent des questions sur le rôle réel des agents dans la valorisation des œuvres.
Tout à fait, et cela montre aussi les tensions inhérentes à un marché en mutation.
Quelle est la part réelle des agents littéraires dans la sélection des textes ? Doit-on craindre une commercialisation excessive ?
Bonne question. La qualité des textes reste cependant une priorité pour beaucoup d’agents.
Les critiques d’Antoine Gallimard semblent dépassées. Les agents jouent un rôle crucial aujourd’hui, surtout dans un marché globalisé.
Je suis d’accord, leur rôle a considérablement évolué depuis leur apparition aux États-Unis.