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Jerome Powell est aussi éloigné qu’on peut l’imaginer de Nicolas Maduro. En dépit de la convocation qu’il vient de recevoir du département de la justice des Etats-Unis à propos d’une obscure affaire de travaux de rénovation du siège de la Réserve fédérale américaine (Fed, banque centrale), le prudent président de l’institution monétaire ne risque pas de finir dans une prison comme le dictateur déchu du Venezuela, enlevé à Caracas dans la nuit du 2 au 3 janvier par les forces spéciales américaines sur ordre de Donald Trump.
Parce qu’ils sont devenus, chacun à leur manière, des obstacles à propos de deux obsessions présidentielles – le niveau des taux d’intérêt pour le premier et le pétrole vénézuélien pour le second –, l’un et l’autre sont pourtant deux illustrations de l’abus de pouvoir érigé en système qui règne aujourd’hui à Washington.
La primauté de la force sur le droit s’impose partout. L’interventionniste qui multiplie les frappes militaires de par le monde depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche est le même qui a envoyé la garde nationale patrouiller, contre l’avis des intéressés, dans de grandes villes américaines dirigées par des démocrates, à commencer par la capitale fédérale, en l’absence pourtant de troubles majeurs.
Le président n’a d’ailleurs pas exclu, en octobre 2025, de réquisitionner « l’armée, la marine, l’armée de l’air, les marines » sur le sol américain. Il a mis en avant un principe simple : « Je pourrais envoyer qui je veux », a-t-il souvent répété, parce que « je serais autorisé à faire tout ce que je veux ». La règle tacite qui recommandait depuis son entrée en politique, en 2015, de prendre ses outrances au sérieux, mais pas forcément au pied de la lettre, ne résiste plus à son exercice du pouvoir.
Défendre le droit international
Le droit, pourtant, demeure. Enfin, un peu. A l’intérieur des frontières des Etats-Unis, la Cour suprême a forcé Donald Trump, en décembre, à retirer la garde nationale de Chicago (Illinois), de Los Angeles (Californie) et de Portland (Oregon). La réquisition de la justice pour régler son compte à Jerome Powell ne devrait pas être plus fructueuse que celles qui visaient l’ancien directeur de la police fédérale (FBI) James Comey et la procureure générale de l’Etat de New York, Letitia James, deux autres obsessions du président. Les manœuvres ont tourné court en novembre.
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12 commentaires
La situation au Venezuela est un rappel brutal des conséquences de l’interventionnisme américain.
Absolument. Cela soulève des questions sur les limites de l’ingérence étrangère.
Donald Trump multiplie les interventions militaires partout dans le monde. Une véritable escalade dangereuse.
Les démocrates devraient peut-être renforcer leur résistance face à ces dérives autoritaires.
L’impérialisme américain semble atteindre de nouveaux sommets. Défenseurs du droit international, comment réagissez-vous à ces agissements ?
Une situation inquiétante, effectivement. L’érosion du droit au profit de la force est un dérèglement dangereux pour l’équilibre mondial.
Les États-Unis devraient plutôt se concentrer sur leurs propres problèmes plutôt que d’imposer leur volonté sur le reste du monde.
Les taux d’intérêt et le pétrole vénézuélien, deux obsessions qui rivelent les priorités de l’administration Trump.
Exactement. La politique américaine semble votre autour de deux axes majeurs en ce moment.
La primauté de la force sur le droit est un phénomène inquiétant. Désolé de voir cette tendance s’aggraver.
La comparaison entre Jerome Powell et Nicolas Maduro est intéressante. Deux profils si différents, pourtant unis par l’opposition à Trump.
Oui, deux hommes très différents aux destins liés par la même opposition. Un contexte politique troublant.