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L’armée syrienne a pilonné les quartiers kurdes d’Alep, jeudi 8 janvier, où se poursuivaient les combats en soirée, le chef de cette minorité estimant que la dégradation de la situation dans cette grande ville du nord de la Syrie compromettait les chances d’une entente avec le pouvoir à Damas.

Ces affrontements, qui ont poussé des milliers de Kurdes sur la route, pourraient prendre une dimension régionale, la Turquie se disant prête à intervenir aux côtés des autorités syriennes et Israël prenant la défense des Kurdes.

Les commerces, universités et écoles sont restés fermés dans la deuxième ville de Syrie, et la fermeture de l’aéroport a été prolongée jusqu’à vendredi soir. Un couvre-feu a également été décrété dans six quartiers.

Les violences, qui ont fait au moins 21 morts, selon un dernier bilan, sont les plus graves dans la ville entre le gouvernement central et les Kurdes, une importante minorité ethnique qui contrôle de vastes étendues dans le nord-est de la Syrie.

Elles surviennent alors que les deux parties peinent à appliquer un accord conclu en mars pour intégrer les institutions de l’administration autonome kurde et son bras armé, les puissantes Forces Démocratiques Syriennes (FDS), au sein du nouvel Etat syrien. « Les tentatives de prise d’assaut des quartiers kurdes, en pleine phase de négociation, sapent les chances de parvenir à une entente », a déploré le chef des FDS, Mazloum Abdi.

Couloirs humanitaires

L’armée a mené de « violents bombardements » sur les positions des FDS dans les quartiers d’Achrafieh et de Cheikh Maqsoud, selon l’agence officielle SANA. Dans la soirée, d’âpres combats opposaient les deux parties sur fond de tirs d’artillerie, a constaté un correspondant de l’Agence France-Presse (AFP).

Les autorités avaient accordé trois heures dans la matinée aux civils pour fuir à travers deux « couloirs humanitaires ». Selon les autorités, quelque 16 000 personnes ont fui jeudi, après déjà des milliers la veille. Les combats avaient éclaté mardi, les deux parties se rejetant la responsabilité du début des violences.

« Alep est la zone la plus vulnérable des FDS. Ses quartiers kurdes sont entourés de tous côtés par des territoires contrôlés par le gouvernement », explique l’analyste Aron Lund. « A moins d’un accord quelconque – même partiel ou temporaire, comme une sortie de crise – il y a un risque que cela dégénère », avertit ce chercheur du centre Century International.

« Un conflit total Damas-FDS à travers le nord de la Syrie, avec une implication potentielle de la Turquie et d’Israël, pourrait être dévastateur pour la stabilité » du pays, ajoute-t-il. Mais « personne ne veut cela » et « les acteurs internationaux, dont les Etats-Unis », pousseront pour un cessez-le-feu.

Washington a dit suivre la situation avec une « vive inquiétude ». « Nous lançons un appel urgent » à cesser les hostilités et à « placer la protection des vies et des biens des civils au-dessus de toute autre considération », a écrit sur X l’émissaire américain, Tom Barrack.

Rivalité Israël-Turquie

Les violences ont exacerbé la rivalité en Syrie entre Israël et la Turquie, qui se livrent une lutte d’influence depuis la chute de Bachar Al-Assad en décembre 2024. Ankara, allié des autorités syriennes, s’est dit prêt à « soutenir » l’armée dans son « opération antiterroriste » contre les combattants kurdes. La Turquie, qui possède une frontière de plus de 900 kilomètres avec la Syrie, y a mené entre 2016 et 2019 plusieurs opérations d’envergure contre les forces kurdes.

Israël, qui mène des négociations avec Damas pour parvenir à un accord de sécurité, a condamné les « attaques » du pouvoir syrien contre la minorité kurde d’Alep et fustigé « le silence de la communauté internationale ».

A Qamishli, principale ville de la zone autonome kurde dans le nord-est du pays, des centaines de personnes ont manifesté jeudi, selon des correspondants de l’AFP. En Turquie, plusieurs centaines de personnes se sont également réunies à Diyarbakir, principale ville du sud-est, à majorité kurde, pour dénoncer l’offensive de l’armée syrienne.

A la veille d’une visite prévue à Damas de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, l’Union européenne a appelé les belligérants à faire preuve de « retenue » et à « protéger les civils ».

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7 commentaires

  1. Marie Q. Dubois le

    Une escalade inquiétante dans une région déjà très fragile. Comment imaginer une stabilisation si les tensions s’intensifient ?

  2. Pierre Durand le

    Les conséquences économiques sont visibles avec la fermeture des commerces et de l’aéroport. Que penser de l’avenir de cette ville ?

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