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Depuis le lancement de ChatGPT, fin 2022, l’intelligence artificielle (IA) générative est entrée dans la salle de classe. Par effraction d’abord, les enseignants faisant le constat, non sans inquiétude, que des élèves de niveau moyen parvenaient du jour au lendemain à produire des développements parfaitement articulés. Cette métamorphose de la triche amuserait les acteurs du système si elle n’était pas inquiétante : avec l’IA, c’est l’acte même de raisonner qui peut être remplacé par la machine, menaçant ainsi de priver l’élève de son outil de travail – son cerveau –, dans un mouvement d’affaiblissement de la pensée avec le risque de la déléguer aux géants de la tech.
Contrairement à Internet lors de son invention – autre grand moment de panique morale –, l’IA ne se contente pas de faciliter l’accès à des ressources documentaires infinies, ce qui avait fait craindre, à l’époque, la mise au rebut du professeur. Aujourd’hui, l’IA menace non seulement de remplacer l’enseignant, mais aussi l’élève lui-même. Si Wikipédia avait déjà ringardisé le premier et que l’IA met en cause la place du second, à quoi bon poursuivre cette aventure collective à la fois coûteuse et difficile qu’est l’école ?
Pour sortir de l’impasse réflexive induite par ce vertige technologique, le système scolaire pourrait commencer par briser le non-dit, et espérer quitter « l’imaginaire pirate », pour reprendre l’expression du professeur et écrivain Maxime Abolgassemi. C’est un fait, au-delà d’un certain âge, les élèves utilisent l’IA. Accepter cette donnée comme incontournable, c’est réfléchir plus efficacement à la manière de se réinventer. Ainsi, une partie des enseignants de lycée ont-ils déjà cessé de donner du travail à la maison.
« Principe de réversibilité »
Mais l’IA révèle un problème presque ontologique, qui tient à la structure du système : comme l’a expliqué au Monde le sociologue Bernard Lahire, la scolarité est tout entière tendue vers la note et le classement, avec Parcoursup en point d’orgue. Les élèves comprennent que leur intérêt est d’abord d’avoir une bonne note et sont tentés de recourir à l’IA pour maximiser leurs chances. Se débarrasser de la « piraterie » implique donc de réfléchir à d’autres façons d’évaluer. La discussion et, surtout, l’exposé oral, que la réforme du lycée a tenté de réintégrer sans grand succès dans le cursus scolaire, tiennent là une occasion inespérée de revenir dans le jeu.
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13 commentaires
L’article met en lumière une réalité inquiétante : l’IA menace-t-elle vraiment notre capacité à penser profondément ?
C’est une question essentielle. Il faut éviter que l’IA ne remplace la réflexion critique des élèves.
L’IA pourrait-elle finalement renforcer l’enseignement en libérant les professeurs des tâches administratives ?
Tout dépend de la manière dont on l’emploie. Un outil bien utilisé peut effectivement libérer du temps pour l’enseignement.
La peur que l’IA replace à la fois l’enseignant et l’élève est-elle justifiée ou exagérée ?
Exagérée, sans doute. Mais il est certain que cela demande une adaptation urgente.
L’IA pourrait-elle devenir un allié dans l’éducation, à condition de bien la maîtriser ?
Comment concilier l’utilisation de l’IA avec le développement de la pensée critique chez les élèves ?
Esto puede lograrse integrando la IA de manera controlada en el currículo, para complementar, no reemplazar.
Le danger n’est pas dans la technologie elle-même, mais dans la façon dont nous l’utilisons. Et si on se concentrait sur son bon usage ?
Absolument, l’éducation et l’IA doivent aller de pair pour un avenir prometteur.
L’IA générative dans les salles de classe soulève des questions profondément philosophiques sur l’apprentissage. Comment garder le raisonnement humain au cœur de l’éducation ?
C’est une excellente question. Peut-être faut-il repenser complètement l’approche pédagogique. Qu’en penses-tu ?