Listen to the article
David Le Breton est professeur de sociologie et d’anthropologie à l’université de Strasbourg, spécialiste des représentations et des mises en jeu du corps humain. Il est l’auteur de La Fin de la conversation ? La parole dans une société spectrale (Métailié, 2024).
Comment définiriez-vous la conversation ?
La conversation est par essence un rapport de visage à visage. Quand on se parle en face à face, on prête attention à son interlocuteur, on se regarde dans les yeux. Quand on marche ensemble côte à côte, on se tourne régulièrement vers l’autre pour guetter ses réactions sur son visage. Il y a une place pour le corps, mais aussi pour le silence. Dans la conversation, le silence n’est pas une anomalie, mais simplement une respiration, une manière de laisser l’échange suivre son propre rythme. La communication, c’est tout le contraire : le visage, le corps disparaissent. On est dans l’utilitarisme, la prise d’information. Alors que la conversation, c’est le va-et-vient du sens : on est dans l’incertitude, la gratuité. Quand on engage la conversation avec son voisin dans un train, on ne sait pas quelle direction va prendre l’échange. La conversation est un art d’équilibriste, un plaisir, un art de vivre.
Il vous reste 77.94% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.










17 commentaires
Une société spectrale, où les regards et les corps disparaissent derrière les écrans. Une métaphore puissante.
Oui, et les conséquences sur nos liens sociaux sont préoccupantes.
Une analyse profonde sur l’évolution de la conversation dans notre société. À l’ère du numérique, le face-à-face devient effectivement un luxe.
Pourtant, les réseaux sociaux remplacent-ils vraiment la conversation authentique ?
Exact, les relations deviennent plus superficielle.
La conversation, un luxe anachronique ? Peut-être, mais un luxe qui vaut la peine d’être préservé.
Absolument, il faut résister à la tendance à tout éphémère.
Le silence, souvent mal perçu, retrouve sa place légitime dans la conversation selon cet spécialiste. Une idée rafraîchissante.
Effectivement, trop de bruit et de stimulation permanente nous éloignent des échanges enrichissants.
Intéressant de noter que la conversation implique une incertitude bienvenue, contrairement à la communication utilitariste.
Tout à fait, c’est ce qui rend les échanges humains si précieux.
Un plaidoyer pour l’art de la conversation dans un monde obsédé par l’efficacité. Une réflexion nécessaire.
Oui, mais trouver des moments pour cela semble de plus en plus difficile.
La sociologie nous rappelle que la parole en face-à-face reste un pilier des relations humaines. Dommage qu’elle soit si rarement pratiquée.
C’est un triste constat, effectivement.
Un article qui donne à penser sur notre manière d’échanger aujourd’hui. Et si on reprenait le temps de parler ?
Excellente question, surtout à l’heure où tout va si vite.