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Alexis Spire, directeur de recherche au CNRS, est spécialiste des transformations de l’Etat et de la sociologie des inégalités. Il a notamment travaillé sur le pouvoir des agents des guichets en matière d’immigration (Accueillir ou reconduire. Enquête sur les guichets de l’immigration, Raisons d’agir, 2008) et sur les différences de traitement entre les contribuables (Faibles et puissants face à l’impôt, Raisons d’agir, 2012). Il vient de publier un ouvrage consacré aux relations tourmentées entre les Français et les institutions publiques : Légitime défiance. Les gouvernés contre l’Etat (PUF, 396 pages, 21 euros).

Ce livre part d’un constat : la désaffection croissante des Français envers l’Etat. Comment cette défiance se manifeste-t-elle ?

La notion de défiance est beaucoup utilisée dans le débat public pour qualifier la relation des Français à la politique, mais on oublie souvent une autre défiance : celle qui vise les institutions étatiques. D’après le baromètre du Centre de recherches politiques de Sciences Po de janvier, la part des personnes se déclarant confiantes envers l’Assemblée nationale est de 20 % en France, alors qu’elle est de 43 % en Allemagne, 39 % au Royaume-Uni et 32 % en Italie. La défiance à l’égard d’institutions comme la justice, l’école ou le fisc est moins visible que celle qui concerne les élites politiques, mais elle est tout aussi problématique : elle fragilise la capacité des individus à s’en remettre à des institutions qui fonctionnent en principe au nom de l’intérêt général.

Cette défiance est d’autant plus étonnante que la France est un pays où la construction de l’Etat a commencé très tôt et où ce dernier incarne, plus qu’ailleurs, l’unité de la nation. N’est-ce pas un paradoxe ?

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