Listen to the article
Seymour Hersh n’est pas un bon client. Figure du journalisme d’investigation américain, celui qui a consacré sa vie à révéler les secrets de l’armée américaine et de la CIA, renâcle à entrer dans la lumière. Inflexible sur ses sources : « Je ne donnerai aucun nom. Je n’analyse pas les gens qui me parlent, pas plus que moi-même. » Et suspicieux jusqu’à la paranoïa. Il lui a fallu vingt ans pour accepter la proposition de Laura Poitras, oscarisée en 2015 pour son portrait du lanceur d’alerte Edward Snowden et Lion d’or à Venise en 2022 pour celui de la photographe Nan Goldin. C’est donc avec une agressivité larvée, tentant même de mettre fin à l’exercice, que « Sy » se laisse tirer le portrait par la réalisatrice et son acolyte Mark Obenhaus.
De son travail, ils exposent les grandes affaires qui l’ont fait craindre de Washington. « Un fils de pute, le qualifiait le président Richard Nixon (1913-1994). Mais un fils de pute qui sait ce qu’il dit. » Presque un hommage. Ainsi sont notamment passées en revue : la révélation, fin 1969, du massacre de My Lai durant la guerre du Vietnam ; sa contribution à l’affaire du Watergate mise au jour en 1972 par Carl Bernstein et Bob Woodward (ce dernier produit le film et témoigne) qui fera tomber Nixon ; l’opération « Chaos » de la CIA qui a organisé la surveillance d’au moins 10 000 Américains durant plus de vingt ans ; les tortures de la prison d’Abou Ghraib en Irak en 2003, au sujet desquelles plusieurs sources s’expriment dans ce documentaire sec et palpitant.
Il vous reste 69.03% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.










8 commentaires
Un documentaire essentiel pour comprendre l’importance du journalisme engagé dans la démocratie. Hersh est une vraie légende.
Absolument, son travail a eu un impact immense sur la transparence gouvernementale.
Intéressant de voir comment il a trahi les secrets des plus puissants. Un vrai service rendu au public.
Oui, son courage face à la pression politique est admirable.
La paranoïa de Hersh est-elle nécessaire ou exagérée ? Difficile à dire, mais son travail parle de lui-même.
Pourquoi Hersh a-t-il attendu si longtemps avant de coopérer avec un documentaire ? Sa méfiance semble justifiée.
C’est une question de principe pour lui. La protection de ses sources prime sur tout.
Netflix devrait diffuser plus de documentaires sur des journalistes comme Hersh. Ils ont beaucoup à apprendre au monde.