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L’an 2015, annus horribilis pour la France, frappée par une vague terroriste sans précédent. Le 7 janvier, la rédaction de Charlie Hebdo est décimée. Le lendemain, une policière est abattue à Montrouge (Hauts-de-Seine). Le surlendemain, l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, à Paris, est pris d’assaut. Bien que le territoire national soit placé en alerte de vigilance maximale, cela n’empêche pas les terribles attentats du 13 novembre d’être commis au Stade de France, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), au Bataclan et sur des terrasses des 10e et 11e arrondissements parisiens. Au total, on dénombre près de 150 morts et plusieurs centaines de blessés dans ces attaques ayant pour dénominateur commun l’islamisme – elles seront revendiquées par Al-Qaida et par l’organisation Etat islamique (EI).
Quelques mois avant l’hécatombe terroriste, en septembre 2014, le CNRS avait rendu public son « Livre blanc des études françaises sur le Moyen-Orient et les mondes musulmans », un rapport relatif à la situation de la recherche en France dans ces domaines. Rédigé sous la houlette de l’historienne Catherine Mayeur-Jaouen, en concertation avec les représentants des laboratoires concernés, il tirait la sonnette d’alarme : « L’islamologie française, c’est-à-dire l’étude de l’islam comme religion et système de pensée, est menacée de disparaître, quand elle prospère partout ailleurs dans le monde (…). » Or, insistait l’autrice, « l’étude approfondie et véritablement scientifique des textes reste une nécessité à l’heure où tant de courants islamistes invoquent justement ces sources, à l’heure où les ventes de livres en arabe sont massivement, partout dans le monde, France comprise, des livres religieux de l’islam prémoderne ».
De fait, les données de ce Livre blanc s’avèrent sidérantes : non-remplacement de professeurs partis à la retraite – l’histoire religieuse de l’islam de langue arabe, du XVe au XIXe siècle, n’est plus enseignée nulle part en France, par exemple ; sous-encadrement des étudiants ; absence de maîtrise de l’arabe – le seul professeur d’histoire du Maghreb se trouvant alors en poste ne lit pas cette langue, tandis que les bibliothèques universitaires n’achètent quasiment plus de livres en arabe, et que des publications prestigieuses, à l’instar de la Revue des études islamiques en 1998, cessent de paraître.
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11 commentaires
Intéressant de voir comment les événements tragiques de 2015 ont influencé l’étude scientifique de l’islam en France. Cela montre l’importance de la recherche face aux défis sociétaux.
Tout à fait. La connaissance est un outil essentiel pour comprendre et combattre les idées extrémistes.
Cependant, il faut espérer que la recherche ne soit pas biaisée par la peur ou les préjugés.
Un article qui soulève des questions sur la recherche académique liée aux religions. Comment éviter les instrumentalisations politiques ?
C’est un équilibre difficile, mais la transparence et l’indépendance des chercheurs sont essentielles.
Les attaques de 2015 ont bouleversé la société française. Cette étude scientifique peut-elle vraiment aider à prévenir de tels drames à l’avenir ?
C’est un outil parmi d’autres, mais la compréhension est un premier pas vers la prévention.
2015 a été une année sombre pour la France. Ces études montrent que la recherche ne s’arrête pas, même face à l’horreur.
La science a un rôle important à jouer dans la reconstruction d’une société après de tels événements.
Un sujet complexe mais crucial, surtout dans le contexte actuel. Espérons que ces études puissent contribuer à apaiser les tensions.
Oui, la science doit rester objective, même dans des domaines aussi sensibles.