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Les risques en termes de sécurité avancés par le président Trump pour justifier une annexion du Groenland sont erronés et surdimensionnés. C’est au large des côtes de l’Alaska [49e Etat des Etats-Unis], et non de celles du Groenland, que cinq brise-glace chinois ont été déployés l’année dernière.
Les risques ne sont pas nuls pour autant. La Russie inquiète par ses menaces hybrides, tandis qu’une coopération sino-russe se développe en Arctique sur la route du Nord-Est. Mais rien qui ne justifie une annexion du Groenland par les Etats-Unis, qui possèdent déjà la base militaire Pituffik, selon l’accord de 1951 avec le Danemark. De surcroît, le président américain ignore superbement les efforts consentis en 2025 par le Danemark pour la défense du Groenland, en accord avec son gouvernement territorial : le montant total de deux plans de financement, en janvier et en octobre, avoisine 6 milliards d’euros.
Paradoxalement, ce sont les Etats-Unis qui deviennent la menace immédiate et sérieuse pour le Groenland. Trump veut un trophée territorial pour son héritage personnel, selon un expansionnisme décomplexé et d’autant plus opportun que le Groenland possède des réserves de terres rares, dont la Chine a le quasi-monopole de l’extraction et du raffinage.
Une coopération dans le cadre de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) est suggérée dans la déclaration conjointe sur le Groenland, signée par sept chefs d’Etat et de gouvernement européens le 6 janvier. C’est une proposition minimale. Pour être crédible, elle doit être accompagnée par un signal fort.
Question militaire sensible
Rappelons cependant qu’une réponse de l’OTAN n’est plus aussi évidente que par le passé. Les Etats-Unis ont besoin de l’OTAN pour le fonctionnement de leurs bases en Europe, mais le 17 juin 2025 le département de la défense des Etats-Unis a déplacé le commandement du Groenland d’Eucom (Europe et Afrique) à Northcom (Amérique du Nord). Cette décision signifie une marginalisation de l’Europe, dans le sens où les Etats-Unis ne considèrent plus le Groenland comme un théâtre principalement européen ou euro-atlantique.
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15 commentaires
Annexer le Groenland pour des terres rares ? Une logique qui rappelle les colonisations du XIXe siècle.
Sauf que le Danemark et la population locale ne l’entendent pas ainsi.
Les terres rares semblent effectivement au cœur de ce marasme, mais l’Arctique est bien plus qu’un champ minier pour les grandes puissances.
Exact, un écosystème fragile qui devrait nous préoccuper davantage.
Un achat du Groenland par les USA serait une catastrophe géopolitique, surtout face à la montée en puissance de la Chine et de la Russie dans la région.
Et un énorme cimetière diplomatique pour Trump.
Les arguments du président Trump sur la sécurité du Groenland semblent bien exagérés, surtout dans le contexte des accords militaires déjà en place.
Les véritables enjeux sécuritaires dans l’Arctique sont mal compris par beaucoup.
C’est surtout une question d’influence stratégique, non ?
Intéressant de voir que Trump minimise les investissements sécuritaires du Danemark alors qu’ils sont considérables.
Typique de sa manière de voir le monde : ce qui ne le concerne pas n’existe pas.
Cet article montre bien l’absurdité des ambitions expansionnistes de Trump, surtout sur un territoire aussi stratégique que le Groenland.
Un vrai paso doble géopolitique.
La base Pituffik est déjà un gage de sécurité régionale, une annexion serait donc superflue.
Sauf pour Trump, bien sûr, qui a besoin de grands gestes pour son héritage.