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Etrenné à l’Ustinov Studio du Theatre Royal de Bath en 2024, sous la direction artistique de la metteuse en scène Deborah Warner, le Voyage d’hiver (Winterreise) schubertien est jusqu’au 23 novembre au Théâtre de l’Athénée, à Paris. Il marque le premier volet d’une collaboration pluriannuelle avec l’artiste britannique, qui se poursuivra jusqu’en 2028, que ce soit dans le domaine purement théâtral, de l’opéra de chambre ou du théâtre musical, comme ici. Aucun chanteur actuel ne connaît mieux que Ian Bostridge le célèbre cycle de 24 lieder que Schubert, malade et déprimé, écrivit un an avant sa mort, en 1827, sur des poèmes de Wilhelm Müller (1794-1827), dont il avait déjà mis en musique, quatre ans auparavant, le cycle de La Belle Meunière (Die schöne Müllerin). Non content de les avoir interprétés plus d’une centaine de fois au cours de sa carrière, le ténor anglais a publié un remarquable Voyage d’hiver de Schubert. Anatomie d’une obsession (Actes Sud, 2018), livrant sa relation intime et passionnelle avec le chef-d’œuvre schubertien.
Deux hommes assis et un grand piano noir occupent, dès l’entrée du public, la scène de l’Athénée. Ian Bostridge est légèrement recroquevillé à l’arrière-scène, vêtu d’un pardessus sombre, d’une chemise blanche. Non loin, un vieux sac à dos. Le second homme est au proscenium, jambes et regard dans le vide. C’est le vieux joueur de vièle, dont la rengaine obsédante terminera le cycle, à l’instar d’un microsillon oublié sur une platine. Le pianiste a réveillé les premières mesures du premier lied. C’est un adieu : Gute Nacht (« bonne nuit »). Le chanteur fermera les volets de cette maison qu’il quitte pour ne jamais revenir, l’âme dévastée, au seuil d’une longue pérégrination jalonnée de douleur et de solitude, qui le mènera, de villages hostiles en lieux d’errance, au seuil du crépuscule et de la mort.
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7 commentaires
Une mise en scène sobre et puissante, typique de Deborah Warner. J’ai hâte de voir comment cette collaboration évoluera jusqu’en 2028.
Oui, son approche minimaliste donne une intensité particulière à l’œuvre.
Ian Bostridge apporte une profondeur unique à ce cycle de lieder. Parfait pour un tel projet.
Deborah Warner a su capturer l’essence mélancolique du « Voyage d’hiver » de Schubert. Quelle belle interprétation !
Ce voyage d’hiver de Schubert, si riche en émotions, mériterait d’être davantage exploré dans d’autres productions. Espérons que ceux-ci suivront l’exemple.
Tout à fait, c’est une œuvre trop souvent méconnue malgré son génie.
J’espère qu’ils incluront d’autres cycles comme « La Belle Meunière » dans les années à venir.