Listen to the article

0:00
0:00

Lorsqu’elle s’est avancée à la barre pour le procès en appel de l’assassinat de Samuel Paty, mardi 24 février, Joëlle Alazard a d’emblée prévenu : son témoignage devant la cour d’assises d’appel spéciale de Paris ne devrait pas être considéré comme étant seulement le sien. L’enseignante d’histoire-géographie, présidente de l’association des professeurs de la discipline, a longuement évoqué « l’état de la profession » depuis l’assassinat de l’enseignant, le 16 octobre 2020, pour avoir montré des caricatures du prophète Mahomet en classe.

« Je ne suis pas sûre que nous nous soyons relevés du choc et qu’on puisse s’en remettre », commence-t-elle. Les bras tendus rivés à la barre, elle dresse le portrait d’un corps enseignant qui a « beaucoup perdu en légèreté », de professeurs « beaucoup plus méfiants », travaillant dans une « vigilance permanente », voire « dans la peur ». Ces « dégâts irrémédiables » ont des conséquences sur le contenu des cours délivrés, sur lequel les enseignants sont, dit-elle, beaucoup plus « prudents ».

Sous les yeux du parent d’élève Brahim Chnina et du prédicateur islamiste Abdelhakim Sefrioui, les deux hommes à l’origine des vidéos contre Samuel Paty et qui l’observent depuis le box des accusés, Joëlle Alazard déclare : « Nos vies ont été percutées par cet attentat. Par la conscience que des mots pouvaient être sortis de leur contexte, que nos noms et nos établissements pouvaient être jetés en pâture sur les réseaux sociaux, avec un appel à la vindicte contre nous alors que nous ne faisons que notre travail. »

A la cour, elle veut aussi exprimer « l’attente » des enseignants quant au verdict : il aura valeur de « signal envoyé à tous ceux qui tentent de faire taire un professeur », « plus encore » qu’en première instance. Pourquoi ?, s’étonne et s’insurge Ouadie Elhamamouchi, l’un des avocats d’Abdelhakim Sefrioui, rappelant que son client et Brahim Chnina y ont été condamnés respectivement à quinze et treize ans de réclusion pour « association de malfaiteurs terroriste ». « Parce que l’émotion est considérable par rapport à la ligne de défense, lui répond Joëlle Alazard. La calomnie, le mensonge contre Samuel continuent outre-tombe et ça, pour nous, c’est très difficile. »

Il vous reste 70.44% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Partager.

Salle de presse de TheNews.re. Nous couvrons l'actualité réunionnaise et internationale avec rigueur et objectivité. Notre mission : informer les citoyens avec des analyses approfondies sur la politique, la société, l'économie et la culture.

6 commentaires

Laisser une réponse