Listen to the article

0:00
0:00

Alain Orsoni au « Grand Journal » ! Quand les téléspectateurs l’ont vu apparaître sur leur petit écran, ils ont d’abord cru, avant qu’on ne donne son nom, qu’Ali Baddou recevait ce 16 novembre un acteur de cinéma. Ils n’avaient pas tout à fait tort. On l’ignore, mais le patron de l’ACA, le club de foot d’Ajaccio, a remporté le prix du « meilleur sosie d’Yves Montand » décerné par les commentateurs d’Eurosport. Il fronce les sourcils, plisse ses yeux brillants, joue des fossettes et de ce chuintement si craquant du « papet » qui charment aussi bien les hommes que les femmes. Mais dès qu’il a été question des « profondeurs noires de la Corse », dixit Jean-Michel Aphatie, de voyous, d’enterrements, d’une nouvelle victime d’un règlement de comptes tombée deux soirs plus tôt à Ajaccio, le public du « Grand Journal » a compris qu’Alain Orsoni était corse et que c’était sa vie qui était un film. Un polar.

De la martingale d’assassinats qui touche aujourd’hui beaucoup de ses proches, l’ancien dirigeant nationaliste devenu homme d’affaires a expliqué qu’ils n’avaient « rien à voir » avec sa personne. Il a dénoncé, outré, l’« incroyable campagne » de médias attachés à « lui mettre une cible dans le dos », et le paradoxe qui veut qu’on le rende responsable de tout, alors qu’autour de lui ses amis tombent comme des mouches. Sur le plateau de Canal+, personne ne songe à rappeler à l’invité du « Grand Journal » qu’il est mis en examen pour la tentative d’assassinat du fils d’un de ses anciens amis et associé dans le business des jeux. Ou que son fils Guy est déjà, à 28 ans, en prison aux Baumettes, soupçonné de quatre meurtres. « Je suis en danger », affirme Orsoni. Il est assigné à résidence par un contrôle judiciaire, mais, dit-il, il veut « partir ».

Gueule de star

« Du grand Alain ! » : de l’autre côté de la Méditerranée, les Corses, agacés ou admiratifs, ont une nouvelle fois salué l’artiste. Ils le connaissent par cœur. Avant de devenir, en 2008, le patron d’un club qui évolue aujourd’hui en Ligue 1, Alain Orsoni fut l’un des chefs du Front de libération nationale corse (FLNC), dans les années 1980, puis le responsable d’un parti politique nationaliste qui lui permit de faire campagne à l’Assemblée de Corse en 1992. Des affiches du « bel Alain » fleurissaient alors sur les panneaux de l’île tout entière, gueule de star au sourire éclatant, veste négligemment jetée sur l’épaule, comme ces jeunes loups RPR du continent otages des nouveaux papes du marketing politique. La Corse n’a pas non plus oublié qu’il s’est déjà exilé pendant douze ans. Rumeurs ? Coïncidences ? « Alain » s’enfuit toujours quand tout va mal. Et lorsqu’il revient – pour prendre les rênes du club de foot –, l’hécatombe reprend. Comme si sa seule présence sur l’île réveillait les démons.

Il vous reste 87.2% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Partager.

Salle de presse de TheNews.re. Nous couvrons l'actualité réunionnaise et internationale avec rigueur et objectivité. Notre mission : informer les citoyens avec des analyses approfondies sur la politique, la société, l'économie et la culture.

21 commentaires

  1. La Corse et ses légendes ont toujours fasciné, mais dans le cas d’Alain Orsoni, la fiction semble parfois dépasser la réalité.

  2. Camille Durand le

    Pourquoi est-ce que les Corse sont souvent représentés comme des figures ambiguës ? Alain Orsoni entre dans cette même catégorie.

  3. Un sujet qui soulève beaucoup de questions sur les liens entre le crime organisé et le monde des affaires en Corse. Alain Orsoni arrive à en parler avec un calme qui surprend.

  4. Alain Orsoni arrive à jouer sur plusieurs tableaux à la fois, et c’est peut-être là le vrai problème. La Corse mérite-t-elle autant de complexes narratifs ?

  5. La Corse porte souvent des masques, et Alain Orsoni semble en incarner une facette très particulière. La télévision révèle-elle ou cache-t-elle encore plus ?

  6. Ce qui m’intrigue, c’est comment un homme d’affaires peut aussi bien incarner le calme chirurgical que les tensions d’un polar. Un contraste saisissant.

  7. Antoine X. Petit le

    Un sujet qui me fait penser à l’impact des médias sur les perceptions. La campagne médiatique dont il parle est-elle vraiment si disproportionnée ?

Laisser une réponse