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Il n’y a plus une seconde à perdre. Le 10 septembre, vers 9 heures, quand l’armée israélienne appelle un agent de sécurité de l’ONG Première urgence internationale, tout semble perdu. Elle somme d’évacuer, sous trente minutes, un bâtiment du centre-ville de Gaza, dans ce qui était le quartier huppé de Rimal. Au-delà de ce délai, il pourra être bombardé et détruit d’un instant à l’autre.
La menace est crédible. L’armée a repris son offensive sur la ville de Gaza début septembre. Toute la cité est visée par un ordre d’évacuation général. Pour cette nouvelle phase, l’armée cible les immeubles de grande hauteur, qu’elle détruit à coups de frappes aériennes. Après deux ans de conflit, il ne reste plus grand-chose du bâti de l’enclave. Selon l’agence onusienne responsable de la coordination humanitaire, l’OCHA, en ce début septembre, 78 % des structures y ont été détruites, totalement ou partiellement.
Mais au rez-de-chaussée de l’immeuble concerné par l’appel de l’armée israélienne, derrière une banale porte de fer, se trouve la plus formidable réserve archéologique d’un territoire habité depuis plus de 3 500 ans. C’est un dépôt loué par l’Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem (EBAF), plus connue sous le nom d’Ecole biblique, l’un des centres de recherche en archéologie les plus importants de la Ville sainte.
Il s’y trouve des amphores provenant de toute la Méditerranée, les enduits d’une maison hellénistique, des squelettes extraits d’une nécropole romaine, des objets en verre, en pierre, tous témoins d’une période allant de l’âge du fer jusqu’aux premiers temps de l’Islam. Ce sont environ 180 mètres cubes de collections archéologiques qui racontent un pan entier de l’histoire de Gaza. Cette réserve est la dernière encore intacte dans l’enclave, hormis les sites archéologiques eux-mêmes. Les musées, publics ou privés, ont été pulvérisés par l’armée israélienne. Si les artefacts ont peu d’intérêt muséographique – le profane y verra beaucoup de simples tessons de céramique –, ils ont une grande valeur scientifique.
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9 commentaires
Le quartier de Rimal a-t-il déjà été marqué par des pertes archéologiques majeures ?
Avec 78% des structures détruites, il est probable que beaucoup aient été perdues sans que nous le sachions.
La rapidité avec laquelle il a fallu évacuer ces artefacts souligne l’absurdité des conflits modernes.
Heureusement, il semble que cette fois, des vies culturelles ont pu être sauvées.
Des artefacts de 3500 ans, menacés par des frappes aériennes… C’est un scénario qui rappelle l’urgence de la protection du patrimoine.
Cela montre à quel point les conflits dévastent non seulement des vies, mais aussi un héritage culturel irremplaçable.
C’est incroyable de voir comment des artefacts millénaires peuvent être menacés en si peu de temps. Il est crucial de protéger ce patrimoine historique.
Tout à fait d’accord, l’histoire ne devrait pas être un damné collatéral de la guerre.
Espérons que des efforts internationaux se mettent en place pour préserver ces trésors.