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C’est de la haute couture militante qui peut sembler dérisoire face à la puissance des discours de haine. Une goutte d’eau dans un océan de ressentiments. Depuis vingt ans, l’organisation non gouvernementale Combattants pour la paix, l’un des rares mouvements binationaux entre Israël et Palestine, tente de former des jeunes militants pour mener des actions communes et non violentes. Ils sont ainsi quelques dizaines, Palestiniens et Israéliens âgés de 18 à 30 ans, à se rencontrer, à se parler, à échanger régulièrement dans le cadre d’« écoles de la liberté » pour promouvoir la paix dans une terre dite « sainte » où les plaies des guerres n’ont jamais le temps de se refermer.
Le chemin est long, même dans ce cadre militant privilégié où chacun s’est formé à l’histoire de l’autre. Les animateurs déploient une infinité de précautions lorsque se rencontrent pour la première fois les militants au cours d’un séjour en Cisjordanie occupée de deux jours, les 4 et 5 novembre, à Beit Jala d’abord, puis plus au sud, dans une ferme palestinienne menacée par des colons juifs de Goush Etzion. « C’est notre premier séminaire après deux ans de guerre. Il faut que chacun se sente en sécurité pour s’exprimer librement », explique Nimala Kharoufeh aux 25 jeunes autour d’elle en utilisant les armes du théâtre et de l’improvisation pour faire se rencontrer les regards et les mots. Sur des notes adhésives, les participants ont écrit leurs peurs et leurs doutes. Anonymement, pour que chacun s’exprime sans crainte d’être jugé. « Je suis terrifié à l’idée d’être arrêtée à un checkpoint », dit une Palestinienne. « Ma crainte, c’est d’être confronté à un défenseur de l’armée israélienne », explique sa voisine. « Ma douleur, c’est l’absence d’espoir », raconte un Israélien.
L’association, dont les discours correspondent à ceux de la gauche israélienne antioccupation, ne prétend pas être représentative ni neutre. « Côté israélien, plus de 90 % de nos participants se définissent eux-mêmes comme venant de la gauche radicale. Ils savent qu’ils ne sont pas majoritaires, loin de là, dans la société », note Ido Even Paz, le directeur de « l’école de la liberté » installée à Tel-Aviv. Les prises de position de l’ONG sur les crimes de guerre à Gaza ou sur le nettoyage ethnique en Cisjordanie la placent aux franges de la vie politique. L’essentiel de ses ressources provient d’ailleurs de financements étrangers, notamment de l’Union européenne. « En tant que mouvement non violent de Palestiniens et d’Israéliens, nous sommes unis contre les horreurs commises contre l’autre en notre nom », promeut l’organisation.
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12 commentaires
Un pas en avant, même petit, mais dans la bonne direction.
Mais comment éviter que ces initiatives ne soient davantage surveillées ou réprimées ?
Un effort louable, mais est-ce vraiment suffisant face à des décennies de conflit ?
Peut-être pas, mais chaque petite action compte. Il faut bien commencer quelque part.
Difficile d’imaginer que ces rencontres puissent changer quelque chose à long terme.
Cela montre que malgré tout, il y a des gens qui croient encore en la paix.
Intéressant de voir des jeunes Israéliens et Palestiniens discuter ensemble.
La non-violence est un message fort, mais comment le faire entendre dans un tel contexte ?
C’est une question complexe, mais ils ont au moins le mérite d’essayer.
Deux jours de séminaire, est-ce vraiment significatif ? Il faudrait plus de temps.
Espérons que ces écoles de la liberté portent leurs fruits un jour.
On a l’impression que ces efforts sont trop isolés pour avoir un impact réel.