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C’est de la haute couture militante qui peut sembler dérisoire face à la puissance des discours de haine. Une goutte d’eau dans un océan de ressentiments. Depuis vingt ans, l’organisation non gouvernementale Combattants pour la paix, l’un des rares mouvements binationaux entre Israël et Palestine, tente de former des jeunes militants pour mener des actions communes et non violentes. Ils sont ainsi quelques dizaines, Palestiniens et Israéliens âgés de 18 à 30 ans, à se rencontrer, à se parler, à échanger régulièrement dans le cadre d’« écoles de la liberté » pour promouvoir la paix dans une terre dite « sainte » où les plaies des guerres n’ont jamais le temps de se refermer.

Le chemin est long, même dans ce cadre militant privilégié où chacun s’est formé à l’histoire de l’autre. Les animateurs déploient une infinité de précautions lorsque se rencontrent pour la première fois les militants au cours d’un séjour en Cisjordanie occupée de deux jours, les 4 et 5 novembre, à Beit Jala d’abord, puis plus au sud, dans une ferme palestinienne menacée par des colons juifs de Goush Etzion. « C’est notre premier séminaire après deux ans de guerre. Il faut que chacun se sente en sécurité pour s’exprimer librement », explique Nimala Kharoufeh aux 25 jeunes autour d’elle en utilisant les armes du théâtre et de l’improvisation pour faire se rencontrer les regards et les mots. Sur des notes adhésives, les participants ont écrit leurs peurs et leurs doutes. Anonymement, pour que chacun s’exprime sans crainte d’être jugé. « Je suis terrifié à l’idée d’être arrêtée à un checkpoint », dit une Palestinienne. « Ma crainte, c’est d’être confronté à un défenseur de l’armée israélienne », explique sa voisine. « Ma douleur, c’est l’absence d’espoir », raconte un Israélien.

Nimala Kharoufeh, responsable des Palestiniens de l'association Combattants pour la paix. Ici, dans une ferme palestinienne menacée par des colons juifs de Goush Etzion, en Cisjordanie, le 8 novembre 2025.
De jeunes Israéliens et Palestiniens, membres de l'association Combattants pour la paix, se rendent dans une ferme palestinienne menacée par des colons juifs de Goush Etzion, en Cisjordanie, le 8 novembre 2025.

L’association, dont les discours correspondent à ceux de la gauche israélienne antioccupation, ne prétend pas être représentative ni neutre. « Côté israélien, plus de 90 % de nos participants se définissent eux-mêmes comme venant de la gauche radicale. Ils savent qu’ils ne sont pas majoritaires, loin de là, dans la société », note Ido Even Paz, le directeur de « l’école de la liberté » installée à Tel-Aviv. Les prises de position de l’ONG sur les crimes de guerre à Gaza ou sur le nettoyage ethnique en Cisjordanie la placent aux franges de la vie politique. L’essentiel de ses ressources provient d’ailleurs de financements étrangers, notamment de l’Union européenne. « En tant que mouvement non violent de Palestiniens et d’Israéliens, nous sommes unis contre les horreurs commises contre l’autre en notre nom », promeut l’organisation.

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